
Date de sortie du coffret : 21.04.2026
Editeur : Carlotta Films
https://laboutique.carlottafilms.com/la-trilogie-de-la-traque-de-junya-sato
Disponible en coffret 3 4K UHD ou 3 Blu-ray
Étui rigide + Digipack
Nouvelles restaurations 4K
Versions originales sous-titrées français
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En 1978, Junya Sato est déjà un nom qui compte dans le cinéma japonais. Après Super Express 109 et les deux films qui complètent la « trilogie de la traque » il s'attaque à une nouvelle adaptation d’un roman de Seiichi Morimura, avec un budget conséquent, un casting solide et une volonté manifeste de dépasser les frontières du film de genre. Survie en pleine nature (Yasei no shômei) est le résultat d'un projet plein d’ambition.
Le point de départ est assez simple. Takeshi Ajisawa, officier des forces spéciales, tue un villageois lors d’une mission durant laquelle il ne devait avoir aucune interaction avec la population locale. Rongé par la culpabilité, il adopte la fille de sa victime, quitte l'armée et devient agent d'assurance, cherchant à enfouir ce passé sous une existence ordinaire. Mais le silence qu'on lui a fait jurer ne suffit pas à le protéger : le passé resurgit et la mort avec lui.
Dès les premières séquences, le récit se place au début des années 1980. C’est-à-dire dans un futur proche par rapport au moment du tournage. Ce qui lui confère une dimension presque prophétique, une façon de projeter les angoisses du présent dans un lendemain déjà lisible.
Côté réalisation, Junya Sato filme les scènes d'entraînement militaire avec un grand soin, comme pour les combats au couteau, en vue de dessus. Cette froideur clinique, documentaire, impose d'emblée le ton : les corps sont des instruments, la précision prime l'émotion. Cette distance se retrouve sous une autre forme de la mise en scène. Comme pour la scène nocturne avec des engins de chantiers, sous la pluie, avec une lumière spectrale. Cela permet une respiration tout en maintenant la tension de l’attente entre deux éclats de violence.
Le silence est utilisé comme une matière à part entière, c'est un espace de tension, ponctué par les effets sonores : vrombissement de rotors d'hélicoptères, arrivée menaçante de motos. La scène de l’agression de la journaliste Misako (Ryôko Nakano) est une des séquences les plus angoissantes du film. Quand la violence surgit, elle est graphique, sèche, sans complaisance. Que ce soit pour le massacre dans le village ou le combat entre Takeshi Ajisawa et le fils de la famille Oba.
Le montage alterne entre ce rythme tendu et des moments plus introspectifs, comme la scène de discussion entre Misako et Ajisawa dans le salon de la maison où ils ne se regardent pas, un choix esthétique fort qui pique votre attention.
Le scénario, dense et non linéaire, emprunte à plusieurs registres : thriller politique, drame existentiel, critique sociale, film d’action, etc. La corruption des élites, la fragilité des jeunes générations, la violence institutionnelle sont autant de sujets abordés dans ce film de 144 minutes. Pour autant, Junya Sato ne juge pas frontalement, il montre, et laisse les structures parler d'elles-mêmes. Le film navigue ainsi entre des scènes de dialogue où les non-dits pèsent autant que les mots, et des séquences d'action d'une précision chorégraphique irréprochable.
Ken Takakura porte le film avec une économie de jeu remarquable. Il fait d’Ajisawa un homme brisé qui ne se plaint pas : la culpabilité passe par le corps, les regards, une façon de tenir dans le cadre sans jamais se livrer totalement. Et quelle intensité, il arrive à libérer sur la dernière scène du film.
Ryôko Nakano interprète Misako avec une présence qui gagne en épaisseur au fur et à mesure.
Hiroko Yakushimaru, dans le rôle de la jeune Yoriko Nagai, est la découverte d’un talent que le cinéma japonais saura exploiter par la suite.
Rentarô Mikuni, en Kazunari Oba apportent la stature d'un acteur capable qui prendre toute l’image en tant que chef de clan. Isao Natsuyagi en policier observateur et rigide est plus qu’un simple faire-valoir. Il est le contrepoids moral et inflexible d’Ajisawa. À leurs côtés, Richard Anderson incarne un instructeur militaire américain qui apparait sur quelques rares scènes militaires.
À ce propos, les bonus assurés par Fabien Mauro expliquent aussi certaines conditions de tournage : les scènes impliquant du matériel militaire lourd ont été réalisées en Californie et dans le Colorado, l'armée japonaise ayant refusé de soutenir un film qui la dépeint sous un jour des plus critiques.
Survie en pleine nature est l’expression d’une vision : celle d'une société dans laquelle les systèmes broient ceux qui savent trop.
Survie en pleine nature est exigeant par son scénario complexe et sa durée. Mais les efforts de visionnage sont récompensés par un film puissant au message fort.
Bonus par Fabien Mauro : auteur, essayiste spécialiste du cinéma japonais et des fictions japonaises à effets spéciaux (tokusatsu).
Fabien Mauro explique que Survie en pleine nature est une combinaison entre les deux précédents films de Junya Sato. Il réussit à résumer l’intrigue complexe du film. Il présente le casting.
Puis Fabien Mauro parle de la réalisation entre les scènes d’action très maîtrisées, la violence graphique inattendue, les choix de mise en scène surprenants dans son image et son symbolisme. Avec une scène iconique sur le dernier plan. Et rappelle que ce film est encore une vision de la société avec les puissants qui se protègent entre eux, la corruption, la critique des jeunes générations qui sont impulsives et doivent être protégées par leurs aînés.
Il précise que suite au succès du film, il y a eu une adaptation en série.
Tiphaine et Xavier