
Date de sortie du coffret : 21.04.2026
Editeur : Carlotta Films
https://laboutique.carlottafilms.com/la-trilogie-de-la-traque-de-junya-sato
Disponible en coffret 3 4K UHD ou 3 Blu-ray
Étui rigide + Digipack
Nouvelles restaurations 4K
Versions originales sous-titrées français
lien chronique : La preuve d'un homme
lien chronique : Survie en pleine nature (prochainement)
En 1975, Junya Sato signe Super Express 109, film catastrophe au budget colossal qui fait de son nom une valeur sûre du cinéma de genre japonais. Un an plus tard, il enchaîne avec Chasse à l'homme : La Rivière de la Rage, produit dans un contexte industriel singulier (vous aurez des détails dans les bonus avec la présentation de Fabien Mauro). Le film, adaptation d'un roman, se présente dès l'origine comme une entreprise ambitieuse, à la croisée du thriller américain et du cinéma du Nouvel Hollywood, retraitée au sein du système de production japonais.
La mise en scène de Junya Sato est précise, nerveuse, sans effets gratuits. La caméra accompagne la traque avec une fluidité qui tient autant de la mécanique que de l'instinct, avec des plans serrés sur les visages, des travellings le long des paysages ruraux. Le montage est sec. Ce qui sert le double rythme du film, à la fois en tension sur la traque que subit Fuyuto Morioka (interprété par Ken Takakura) et décontracté pour la musique et des prises de vue sur les paysages.
Setsuo Kobayashi, à la photographie, sculpte deux Japon opposés : la densité urbaine de Tokyo contre l'espace ouvert des campagnes traversées. Ce contraste porte la progression dramatique de l’histoire et donne au film une respiration que le genre n'autorise pas toujours. Les extérieurs, filmés avec une attention presque touristique, installent une légèreté de ton surprenante pour un récit aussi tendu. Une décontraction assumée qui traverse l'ensemble du film. La cavale de Fuyuto Morioka traverse le Japon comme un inventaire silencieux du pays. Des artères encombrées de Tokyo aux routes de montagne, des bords de rivière aux bourgades de province, Junya Sato filme les extérieurs avec une attention qui transforme la fuite en voyage.
La bande-son de Hachirô Aoyama participe de cette même tonalité ambivalente. Le jazz qu'il compose n'est pas une musique de tension, mais une musique de mouvement. Légère, presque désinvolte, elle accompagne la cavale. Ce choix, qui pourrait sembler paradoxal, s'avère juste : il préserve une distance, une forme d'élégance dans le traitement d'une situation désespérée. Les silences sont aussi travaillés que les partitions, et l'ensemble construit une atmosphère cohérente, où l'urgence ne vire jamais au mélodrame.
Le scénario suit Fuyuto Morioka, un homme accusé le même jour d'un viol et d'un vol par des témoins distincts. De par ses fonctions qui sont inconnues au début du film, cette double accusation est un déshonneur pour lui et pour le système japonais. La mécanique judiciaire s'emballe, Morioka prend la fuite, et une traque nationale commence, menée par l’inspecteur Yamura (interprété par Yoshio Harada). Ce point de départ, simple et brutal, sert de socle à une réflexion sur la fragilité de la présomption d'innocence (qui semble inexistante du point de vue de certains personnages) et sur les failles d'un système prompt à broyer pour gagner du temps et sauver les apparences. Le film est là pour montrer toutes les défaillances et les aberrations du système japonais. Les rebondissements sont calibrés, la progression dramatique tenue sur toute la durée du film et le changement de ton sur le dernier acte modifie en profondeur la lecture que vous auriez pu avoir des enjeux.
Ken Takakura qui incarne Fuyuto Morioka tient le film par une présence physique et une économie de jeu remarquables. La transformation du personnage, de l'homme droit et policé au fugitif acculé, se lit dans son corps autant que dans ses regards. En face, l'inspecteur Yamura (Yoshio Harada), chargé des poursuites, constitue l'autre fil narratif du film. Son évolution progressive constitue l'un des ressorts les plus intéressants du récit. La relation entre les deux hommes ne se laisse pas résumer facilement, et c'est précisément ce qui retient l'attention. Nous vous laissons le plaisir de découvrir de quoi il retourne exactement en visionnant le film.
Chasse à l'homme : La Rivière de la Rage a traversé les décennies jusqu'à un remake signé John Woo en 2017 (Manhunt). Le coffret Carlotta Films, qui le réunit avec La Preuve d’un Homme (1977) et Survie en Pleine Nature (1978) offre l'occasion d'une redécouverte méritée.
Un film qui porte la marque de son réalisateur.
Bonus : Présentation du film (20 min) par Fabien Mauro : auteur, essayiste spécialiste du cinéma japonais et des fictions japonaises à effets spéciaux (tokusatsu).
Cette présentation replace Chasse à l'homme : La Rivière de la Rage dans son contexte de production : adaptation d'un roman, fruit du rachat de la Daiei en faillite, avec un budget inhabituellement élevé justifiant le choix de Junya Sato comme réalisateur et d'un acteur de premier plan, Ken Takakura. Ainsi qu'une association avec un distributeur concurrent. Elle développe les influences du film entre le thriller américain et le Nouvel Hollywood filtrés par l’œil de Junya Sato.
Il est question de l'évolution du personnage Morioka comme vecteur d'une critique sociale. Et de l’ambiance assez décontractée du film, y compris dans la musique, alors que la situation est dramatique pour Morioka. Vous apprenez également que Chasse à l'homme : La Rivière de la Rage a connu un parcours singulier : échec commercial à sa sortie au Japon, puis succès en Chine, et une postérité assurée par le remake de John Woo en 2017.
Tiphaine et Xavier
lien chronique : La preuve d'un homme (prochainement)
lien chronique : Survie en pleine nature (prochainement)