
pour notre chronique du film : lien ici

Le CGR de Tours Centre a été totalement transformé pour l'avant-première du film de Christophe GANS Retour à Silent Hill. Tout le staff s'est donné à fond pour accueillir le public et le réalisateur. Résultat, une salle qui affiche complet, un public de connaisseurs et des échanges riches après la diffusion du film en avant-première.
Pour éviter les spoilers, nombreux dans les échanges, nous avons masqué la transcription des passages concernés. Vous pouvez les faire apparaitre en les surlignant.

Directeur du CGR :
Merci, beaucoup, merci Christophe encore d'être présent ce soir à Tours. Je sais qu'il n'y a pas beaucoup de dates sur cette tournée, je me fais l'honneur d'être présent ici. Je vais vous laisser la parole parce que je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui ont envie de prendre la parole ce soir encore une fois faut pas hésiter, posez vos questions sans hésitation. Christophe, ça fait 12 ans qu'on t'a pas vu au cinéma. La dernière fois c'était "La Belle et la Bête" mais au final tu n'as jamais vraiment laissé le cinéma de côté. On sait que les films mettent du temps aussi à se faire. Qu'est-ce qui s'est passé dans ton processus créatif pendant ces toutes dernières années avant la sortie sur grand écran de retour à Silent Hill.
Christophe GANS :
En fait, j'ai jamais arrêté de travailler. Après La Belle et la Bête, Pathé m'a demandé de travailler sur 20 mille lieux sous les mers. Ça devait être une coproduction avec la Chine et puis il y avait encore des changements politiques en Chine donc le projet a été repoussé. C'est à ce moment-là que Samuel Hadida, qui avait produit le premier Silent Hill, est venu me voir et m'a dit "J'ai récupéré les droits de Corto Maltès de Hugo Pratt et est-ce que tu veux le faire ?" Et je lui ai dit "Tu vois comment toi, Corto Maltese ?" Il me regarde avec un regard diabolique et il me dit "Il était une fois la révolution" et évidemment il citait le film de Sergio Leone et je lui dis "Ok, j'arrive" et donc j'ai attaqué Hugo Pratt et Corto Maltese, on a travaillé trois ans dessus et deux semaines avant le début du tournage, on était à Los Angeles avec Samuel et il est tombé dans le coma. Il a fait une infection au bas de la colonne vertébrale et il est décédé dix jours plus tard. Il était en fait l'architecte financier du film et les ayants droit se disputaient. Et il n’y avait que Samuel qui arrivait à les convaincre de rester ensemble et donc le projet s'est abîmé. Puis après il y a eu le Covid. Et pendant le covid donc j'ai travaillé sur Retour à Silent Hill comme vous venez de voir. Et puis j'ai travaillé sur une autre adaptation de jeu tirée d'un jeu qui en France il est connu sous le nom de Project Zero. Et donc Fatal Frame et voilà. Et puis au sortir du covid, on a commencé avec le frère de Samuel, Victor, à remuer l'idée de faire un nouveau Silent Hill qu'on a appelé les gens Konami. donc qui est donc la compagnie qui a produit les Silent Hill et tout de suite la première question ça a été « vous allez adapter lequel cette fois-ci ? » Donc moi j'ai dit le numéro 2 et ils ont répondu «c'est vraiment intéressant parce que nous en ce moment on veut lancer un remake mais on sait pas lequel des deux premiers on va on voulait choisir pour commencer ». Et en fait je pense que le fait qu'on ait déclenché une adaptation du 2 les a sans doute poussés à faire leur Remake du 2, d'ailleurs le un est annoncé, donc voilà, ils sont revenus ensuite au un.
Directeur CGR :
et même leur grand retour dans la franchise qui était un peu laissé.
Christophe GANS :
Oui, mais le succès, le succès de en fait des remakes HD de Resident Evil 2 et 3 les avait complètement galvanisés. C'est à dire qu'ils pensaient que c'était leur tour maintenant de monter sur le cheval du rétro gaming en HD, etc. Et donc les deux projets ont commencé, chacun de leur côté d'ailleurs. Moi j'avais absolument aucun contact avec les gens de Bloober, qui est donc une compagnie polonaise, qui avaient fait des jeux formidables comme Layers of Fear ou Blair Witch et donc je savais qu'ils développaient leur Silent Hill 2 et moi je faisais le mien et à un moment donné, pendant le tournage, j'ai vu la bande-annonce de leur jeu et j'ai vu le plan où des pieds de James qui rentrent dans les toilettes avec le petit cafard qui traverse et donc j'ai dit on va mettre la caméra là puis on va leur faire un petit salut amical voilà c'est le seul contact qu'on a eu puis après on a appris que très curieusement en fait on marchait sur les mêmes traces puisque la petite fille moi j'avais choisi une petite fille pour jouer Laura que vous venez de voir, Evie Templeton et j'ai appris pendant le montage que Evie Templeton a prêté sa voix à Laura dans le jeu de Bloober et je me suis dit mais attends ils l'ont pris parce que je l'ai pris moi ou et en fait j'ai appris que non ils l'avaient choisi mais par contre elle n'avait pas le droit de divulguer le fait qu'elle était dans Silent Hill 2 le remake et moi je l'ai choisi parmi 20 autres petites filles et c'était un pur hasard et chaque fois j'imagine que pour moi c'était des c'était des hasards heureux parce que ça voulait dire en tout cas que on avait plus ou moins les mêmes idées sur la façon de respecter le jeu original, en tout cas de lui donner une descendance. Voilà. Enfin, il y a eu plein de choses comme ça. Et donc finalement le film, ce que vous venez de voir a été fini le 1er juillet 2023. Ensuite, on a attaqué une postproduction qui à mon sens a duré beaucoup trop longtemps. Beaucoup trop longtemps je pensais pouvoir terminer le film en 7 mois comme d'habitude comme tous les films que j'ai fait et puis finalement ça s'est étalé jusqu'au 13 février 2025 et ensuite on a attendu que les Américains donnent leur date de sortie et puis voilà et puis finalement le voilà le film voilà donc ça a été un long long long chemin.
Directeur CGR :
Entre le premier Silent Hill et celui-ci, s'est passé 20 ans, 20 ans d'évolution, 20 ans de maturité, 20 ans de cinéma aussi. Comment est-ce que aujourd'hui tu perçois cette évolution ? On semble beaucoup plus percutant, beaucoup plus nerveux. Est-ce que c'est parce qu'aujourd'hui on en est venu là, est-ce que le sujet s'y prêtait ou est-ce que Christophe Gans est devenu peut-être un peu plus ?
Christophe GANS :
Déjà, j'ai pris 20 ans. C'est sûr que bon, ça a fait mal. Mais non, en fait, moi, ce que j'ai vu clairement, c'est qu'en 2006, quand je fais le premier Silent Hill, il y a une partie de la presse qui dit encore une adaptation de jeux vidéo, c'est des conneries etc. D'ailleurs, je me suis fait assommer aux Etats-Unis à cause de ça. Parce que les gens, pour eux, les adaptations de jeux vidéo, c'était Mortal Kombat, c'était Double Dragon. Et puis pour eux, c'était surtout, c'était le cinéma qui s'inspirait d'un art inférieur. D'ailleurs, j'avais eu des mots avec un critique de cinéma américain célèbre qui s'appelait Roger Eberts. J'ai eu des mots avec lui en le traitant de vieux con. Mais depuis Roger Ebert il est mort et puis surtout on sait aujourd'hui que autant le cinéma a été l'art du 20e siècle, autant j'ai tendance à penser que le jeu vidéo risque bien d'être l'art du 21e siècle. Pour moi, ce qui définit l'art du cinéma, c'est le carrefour. C'est-à-dire que le cinéma a toujours été, pendant le XXe siècle, au carrefour de tous les autres arts. C'est-à-dire que dans le cinéma, il y avait la photo, la littérature, la danse, la musique, la peinture, tout ça constitue le cinéma. Et aujourd'hui, si je regarde bien, le seul art qui est au carrefour de tous les nouveaux arts, et notamment les arts numériques, c'est le jeu vidéo, à mon sens. Après je ne dis peut-être que ça parce que ça sert ma paroisse, mais c'est ce que je pense réellement.
Directeur CGR :
Silent Hill sort en 2006 et en 2006 il y a déjà beaucoup d'adaptations cinématographiques qui ont pris vie. On a forcément Mortal Kombat, Resident Evil, Alone in the Dark, on a Hitman aussi par Xavier Gens quasiment toutes ces adaptations ont été fracassées, Blood Rain, enfin les films n'ont pas survécu. Aujourd'hui il y a un respect, c'est le respect de Silent Hill. Les autres ont été oubliés …
Christophe GANS :
C'est toujours difficile à dire, mais il y a pour moi, enfin en tout cas quand je regarde ce qui est arrivé à mes films, Le seul test qui finalement définit tout, c'est le test du temps. Et c'est un peu injuste aussi parce que moi il y a des films que j'adore et plus personne n'en parle. Donc ce n'est pas forcément une question de qualité. Il y a des films formidables, faites l'effort, repensez à des films qui vous ont vraiment plu en 2010, 2012. Les films absolument formidables qui sont faits, plus personne n'en parle. comme si. Alors peut-être qu'ils ressurgiront, j'espère, grâce à leurs qualités plus tard, mais c'est vrai que le test du temps est très important, surtout quand on fait un film qui est à l'intérieur de la pop culture. C'est-à-dire que bon, parfois les films peuvent être plus ou moins bien compris, plus ou moins bien acceptés, mais s'ils durent, si finalement on en parle 20 ans après, et que vous croisez des gens dans la rue qui vous disent, ah, quand j'ai vu ça, j'avais 12 ans, je me suis éclaté, vous dites, finalement, ça a marché. Et en fait, je m'en suis rendu compte quand ils ont ressorti le premier Silent Hill en Blu-ray avec un nouveau master. J'ai vu les gens qui me sortaient chez Outfactory, ils m'ont envoyé la revue de presse et tout était bon. y avait que des bonnes critiques alors qu'à l'époque quand le premier était sorti j'avais eu que des mauvaises critiques et je me suis dit bah voilà c'est-à-dire que entre-temps ben les esprits ont commencé à voilà à penser autrement Et c'est aussi parce que le jeu est un endroit formidable de créativité aussi. Ce n'est pas seulement les qualités inhérentes à ce que je fais, mais j'ai tendance à penser que le test du temps est très important.
Public :
Alors j'en profite puisque c'est directement par rapport à quelque chose que vous avez dit à l'instant en disant que vous regrettiez que certains films avaient été oubliés avec le temps. Certains on s'en souvient, d'autres non. Quels seraient ces films pour vous qu'on a oublié et vous trouvez dommage qu'on les ai oublié ?
Christophe GANS :
Ah tu veux dire il y a des films qu'on aurait oublié et qui sont bien ? Qu'est-ce que je pourrais te sortir ? L'autre jour, je m'amusais avec des amis à faire le conte et on tombait sur des films qu'on aimait et que je ne sais pas, je ne m'attendais pas à cette question. Non mais je pense que c'est un test qu'on se fait à soi-même, c'est-à-dire que je crois qu'il suffit de regarder, de repenser à ce qu'on émet, etc. Et des fois c'est une injustice, c'est-à-dire que non seulement les films, plus personne n'en parle, mais ils passent même pas la télé. Et souvent c'est des films qui sont un peu isolés, qui sont un peu… Mais c'est vrai que pour moi le test du temps est quand même très important, très important.
Public :
Je sais qu'on parle très souvent de la mort de l'auteur, du coup on n'ose pas trop demander l'opinion aux réalisateurs, mais je pense quand même que c'est très important de vous poser la question. Quels étaient les éléments qui étaient vraiment cruciaux pour vous à illustrer dans ce film selon vous?
Christophe GANS
Pour moi, selon moi, c'était l'histoire d'amour entre James et Marie. En fait, c'est sur ça que j'ai vraiment percuté, parce qu'il y avait plusieurs choses qui me rappelaient des choses qui me sont proches. Par exemple, pour moi, l'histoire du film, c'est une variation sur le mythe d'Orphée, je pense que ça c'est. C'est assez clair. J'ai un rapport à Cocteau qui est assez évident. Jean Cocteau a porté Orphée à l'écran en 1951. J'ai fait ma version de La Belle et la Bête, Jean Cocteau avait fait la sienne. Je pense qu'il y a quelque chose. Moi j'aime Cocteau simplement, quand j'étais môme, j'avais 5 ans, c'est les premiers films fantastiques que mes parents m'ont laissé regarder. Parce qu'il était admis que les enfants pouvaient regarder ça. Moi c'était deux films qui m'avaient à la fois fasciné et qui m'avaient vaguement inquiété quand même, l'un comme l'autre. Et puis après quand j'ai vu mon premier livre sur le cinéma, c'était écrit sur le cinématographe de Jean Cocteau où il expliquait tous les trucages dans Orphée, dans La Belle et la Bête, l'utilisation des ralentis, l'utilisation de faire revenir la pellicule en arrière, de faire basculer la caméra pour que les gens aient l'air de rentrer dans des miroirs alors qu'en fait ils rentraient dans des flaques d'eau, des trucs comme ça. Et en fait, j'étais fasciné par ça. C'est vraiment le premier bouquin que j'ai lu sur la mécanique du cinéma. Et puis une autre chose aussi qui m'a touché quand je et là je parle de vraiment de trucs propres, de ma sensibilité par rapport à Silent Hill 2, c'est le fait que l'histoire de Silent Hill 2 ça me rappelle des contes d'Edgar Poe. Dans les contes d'Edgar Poe, c'est toujours l'histoire d'un mec obsédé par une femme qui est morte. Voilà, c'est vraiment mon livre, un de mes livres de chevet, il est tout le temps posé sur ma table de nuit. Des fois je lis un conte, des fois certains contes font cinq pages, dix pages et je les relis et il y a toujours quelque chose de vibrant, c'est vraiment le romantisme à l'état noir. Et je trouvais que c'était ça qui m'intéressait d'illustrer dans Silent Hill. Mais je dis bien, quand tu regardes le jeu, il y a plein d'autres façons. Il y a d'autres pistes à l'intérieur du jeu. Le jeu, c'est une expérience de 12 à 15 heures pour y jouer complètement. Donc moi, j'ai sélectionné une veine du jeu et cette veine, c'est effectivement l'histoire d'amour entre James et Marie. C'est pour ça que j'ai eu à mettre les flashbacks parce qu'on ne voyait rien de Marie à l'origine et le film sans Marie, il n'y aurait pas eu de film. et puis les choix que j'ai pu faire, certains, je les ai fait en fonction de cette histoire d'amour. voilà. Donc c'est ce qui m'a en fait le plus intéressé dans Silent Hill 2. Mais je dis bien, c'est ma version. On pourrait faire un autre Silent Hill 2 qui serait plus dévastateur, plus chaotique, plus brutal, etc. mais c'est en tout cas moi la voie que j'ai choisie.
Public :
Vous avez apporté donc de très nombreux changements à l'histoire d'origine, et vous avez dit un petit peu plus tôt qu'il était très important pour vous de respecter l'œuvre originale. Pourriez-vous donc expliquer comment vous en êtes venu à prendre ces décisions ? Et surtout en ce qui concerne la mort de Marie et ce qui a mené justement à sa maladie.
Christophe GANS :
Oui parce que, j'explique pour ceux qui n'ont pas joué, dans le jeu, elle ne lui demande pas de la tuer, il le fait. Il le fait sans qu’elle lui demande.
Public :
Et surtout elle dit qu'elle a très peur. Elle a très peur de mourir.
Christophe GANS :
Absolument. Mais si je faisais ça dans le film, je me suis posé la question parce que spontanément c'était une très belle idée aussi tu vois. Mais je me suis dit je vais avoir à expliquer beaucoup de choses sur James après. Parce que tu peux pas avoir quelqu'un qui recherche pendant tout le film une femme et on découvre qu'en fait c'est lui qui l'a tué. simplement comme ça. Il fallait que j'ai réorganisé le truc, c'est elle qui lui demande et par amour fou pour elle, il le fait. Mais après il s'en veut. Ça c'est la version que moi j'ai préféré privilégier. Aussi parce qu'elle me permettait de finir le film quelque part. Alors que si on dit non, en fait, on découvre que c'est lui qui l'a fait de son propre chef, ça ouvre des perspectives et je n'avais pas le temps de les explorer. Donc j'ai préféré cette option. On peut me le reprocher, mais si tu veux, le cinéma, c'est toujours un art du compromis et surtout le compromis entre la volonté artistique et aussi les chiffres. C'est-à-dire, je savais que le film allait coûter une vingtaine de millions, que le film devait faire en dessous de deux heures, on me l'avait réclamé, par contrat. Donc je ne pouvais pas y couper. Donc si tu veux, après il y a des choix qui sont aussi nés de la volonté de voir le film se faire, malgré le fait qu'effectivement le format était parfois contraignant.
Public :
Est-ce qu'il n'y a pas justement une beauté dans l'ambiguïté et dans le mystère ?
Parce que c'est quelque chose qui est vraiment central.
Christophe GANS :
Oui, mais j'ai laissé plein d'ambiguïtés dans le film. Il y a plein de choses qui ne sont pas expliquées. Par exemple, une des choses qui m'intéresse le plus, c'est le coup de la lettre par exemple. Est-ce que c'est la lettre qu'il a vraiment reçu après que tout se soit passé ou est-ce que c'est pas la lettre qui lui a permis de retourner à Silent Hill et de retrouver sa Marie mourante et comme il a oublié ce qui s'est passé entre, il se rejoue en fait le truc avec cette lettre. Tu vois par exemple, ça c'est pas expliqué dans le jeu, je n'ai pas voulu expliquer dans le film parce que je trouve ça assez beau. Par exemple, il y a une chose qui est vraiment intéressante, on m'a posé la question là, c'est mais alors le timeline, c'est quoi le timeline pour lui dans la voiture à la fin ? Or, on sait tous, tous les gens qui aiment Silent Hill 2 savent que le film dont les créateurs du jeu se sont inspirés, c'est l'échelle de Jacob d'Adrian Line. Dans l'échelle de Jacob d'Adrian Line, Maf Robbins est sur un brancard au Vietnam et il imagine dans un dernier éclair de lucidité qu'il retourne à New York, qu'il retrouve sa nana, qu'il affronte une conspiration de la CIA et puis la résurgence des monstres dans la ville de New York et ainsi de suite. Avant qu'on revienne à la fin, qu'on découvre que c'est juste le dernier éclair de lucidité qu'il a et qui lui a fait entrevoir ce qui aurait pu se passer sur un mode allégorique, métaphorique, comme on veut. Moi je pense que c'est ça l'explication à la fin. C'est-à-dire qu'en fait, après avoir tué Marie, il se balance dans le lac et tout ce qu'on vit, c'est son dernier éclair de lucidité. Et comme les créateurs du jeu ne cessent de citer l'échelle de Jacob, j'ai tendance à penser que c'est ça la solution. Maintenant, c'est ma façon de le voir et puis surtout après avoir discuté avec les lascars, après avoir discuté à Tokyo avec eux, je me dis ça doit être ça la solution. Mais ce qui est formidable dans ce jeu, c'est qu'on peut en fait l'interpréter de plein de façons différentes. Je pense que c'est ce qui a fait sa renommée aussi et c'est ce qui fait que tout le monde en parle encore beaucoup aujourd'hui.
Public :
comment vous percevez l'attente des fans ? Est-ce que pour vous c'est un stress? Est-ce que vous avez peur de décevoir ? Oui, une certaine pression ?
Christophe GANS :
Oui, tout le temps, c'est d'abord une grande responsabilité. Comme je le dis souvent, c'est une grande responsabilité de faire un film qui est une transposition sur un autre média d'un classique du jeu vidéo. Et puis évidemment c'est une forme de stress bien sûr. C'est une forme de stress parce que tu sais pas comment les choses vont tourner et cetera. Après la seule chose que je revendique c'est ma sincérité par rapport et mon amour de l'œuvre originale. Je pense que ça se voit. Je pense que c'est la seule chose finalement au bout du compte que j'ai envie que les gens se disent. Qu'ils aiment ou qu'ils n’aiment pas le film, ils me regardent, ils disent le mec a fait ça quand même de toute façon, il adore ça. Si c'est ce que les gens se disent, et généralement c'est ce qu'ils se disent, déjà avec le premier, bon je me dis au moins, si c'était un gougnafier qui arrivait et qui foutait ses sales pattes sur un truc génial comme Silent Hill 2, je comprendrais que les mecs soient fous. Mais aujourd'hui, le milieu geek est devenu, à travers les réseaux sociaux, singulièrement agressif. Donc il faut toujours s'attendre à avoir des retours de bâton assez violents. Mais bon, c'est comme ça. Comme je dis, le test du temps aussi, c'est là où le test du temps devient intéressant, parce que tu vois après comment les choses évoluent, comment certaines ardeurs se calment, certaines controverses se calment, etc. Et puis d'autres, au contraire, perdurent. Par exemple, l'autre jour, j'ai fait une projection à Toulouse, et il y avait encore des mecs pour me poser la question sur ce que voulait dire le dernier plan du premier Silent Hill, sur le buisson. Je me suis dit, j'en sortirai jamais. Mais en même temps, au moins c'est chouette parce que tu es face à un public qui pense à quelque chose quand on lui montre une image. Des fois tu te retrouves devant un public et les gens ils n'ont rien pensé, ils ont regardé. Et là, au moins, ce qui vient avec ce public, même s'il peut être brutal, même s'il peut être violent, c'est qu'il est tout le temps en train de réfléchir sur ce qu'on lui montre. Donc en cela, c'est un public que moi je trouve personnellement formidable.
Public :
Bonsoir, merci de venir nous voir. Je pense que vous faites plaisir à beaucoup de spectateurs de nous rencontrer. J'avais deux questions pour vous. Je voulais tout d'abord savoir s'il y avait un choix d'adaptation que vous avez fait, qui vous a un peu plus hanté que les autres, plus interrogé. un choix qui vous a semblé le plus difficile à faire dans ce processus de création?
Christophe GANS :
Moi je pense que là où on a le plus travaillé au montage, c'est sur la boucle hallucinatoire à la fin, le moment où tout se désorganise, le moment où il comprend en fait qu'il est le deus ex machina, c'est-à-dire le créateur de cette hallucination, de ce monde et en fait tout se met à tournoyer, c'est-à-dire les décors se mettent à se succéder sans aucune rationalité, tu vois , le temps, l'espace, tout se met à se mélanger et cetera. J'avais jamais osé faire ça. Évidemment, la personne qui sait faire ça, qui savait faire ça et qui nous a quitté l'année dernière, c’est bien évidemment David Lynch qui est une perte incommensurable, en tout cas pour moi. Et voilà, c'est-à-dire que j'avais jamais osé aller sur ce terrain-là. Là, j'y suis allé. c'était mon pari personnel. Dans le premier film, mon pari, c'était de recréer l'environnement incroyable de Silent Hill, cette espèce de vie qui change et tout ça. Mais là, sur celui-là, là où j'ai mis vraiment tous mes efforts, c'est d'essayer à un moment donné de créer une espèce de spirale non-narrative qui en même temps raconte des choses. Voilà, c'est là où j'ai mis tous mes efforts.
Public :
Je pense que c'est réussi, bravo.
Christophe GANS :
Ça fait plaisir d'entendre ça.
Public :
Toute adaptation est forcément une trahison, ça c'est sûr. Mais là où je trouve votre film est plutôt réussi, c'est qu'autant il y a certains choix sur lesquels on peut être d'accord ou pas d'accord, mais on ressort comme de la séance un peu avec un sentiment assez éprouvant en fait, on est un peu épuisé de cette séance et c'est un peu ce qu'on ressent aussi quand on joue à Silent Hill 2, on est un peu éprouvé après cette histoire.
Je voulais aussi savoir si vous pouvez nous donner des informations sur si c'est toujours d'actualité l'édition 4K de votre premier Silent Hill ?
Christophe GANS :
Ah oui oui, tu penses bien, il y a celui-là qui va sortir, tu penses bien qu'ils veulent ressortir le premier. Ah bah oui, ça sert à ça les IP aussi, les franchises ça sert à ça, sert à revendre les vieux rogatons. Et donc bah oui bien sûr, bien sûr que c'est à l'ordre du jour. Alors peut-être que la restauration ne sera pas aussi spectaculaire que celle du Pacte des loups, parce que le Pacte des loups, on est reparti du négatif original qu’on n’avait jamais touché, etc. Et je pense que les gens qui aimaient le film et qui l'ont revu en 4K, ils ont vraiment été surpris. Je pense que le travail qui avait été fait d'étalonnage sur le premier silent Hill, était vraiment bien foutu et c'est déjà d'un très bon niveau tu vois. Mais on maîtrisait beaucoup mieux l'étalonnage numérique à cette époque, à l'époque de Silent Hill. Mais oui, j'aimerais quand même, parce que si tu t'en souviens, le premier Silent Hill avait été tourné à la fois en pellicule argentique et en numérique. On avait tourné toutes les scènes dans la réalité, les scènes dans le brouillard en argentique et toutes les scènes dans les ténèbres, on les avait tournées donc en numérique. À l'époque, le numérique était encore presque expérimental. Moi, je venais de voir Collateral de Michael Mann qui m'avait soufflé J'avais vécu deux ans à Los Angeles et j'avais retrouvé dans le film de Michael Mann la lumière de nuit de Los Angeles que je n'avais jamais vu dans aucun film avant. Donc j'avais fait des essais avec le chef opérateur Dan Laustsen et on s'était aperçu qu'effectivement on pouvait photographier un grand décor avec juste quelqu'un avec un briquet allumé, grâce au numérique. Et donc finalement, le film avait été fait dans les deux formats. Donc je pense que en tout cas, ce qui va être intéressant quand on fera la restauration, c'est de repartir des négatifs de la pellicule argentique. Parce que comme tu as pu le remarquer, les restaurations en 4K de la pellicule sont encore plus spectaculaires que quand on bascule du 2K en 4K à travers la pellicule numérique. Et ça, c'est quelque chose que j'attends de voir parce que Dan Laustsen, dont vous avez sans doute vu le travail dément sur Frankenstein de Guillermo del Toro, c'est devenu un des plus grands chef-opérateur au monde, peut-être le plus grand chef du monde, et donc j'ai hâte de voir ce que va donner en 4K la péloche de Dan Laustsen sur Silent Hill 1, ouais vraiment.
Public :
Je me permets de te donner ma question, j'ai un plan dans votre film qui m'a beaucoup interrogé, j'arrive pas à savoir si ce que j'ai vu c'est ça ou pas. C'est la première fois on voit le corps de Marie donc à moitié nue, chauve au fond du couloir. J'ai l’impression que l'image est à moitié distordue.
Christophe GANS :
Elle est désanamorphosée.
Public :
Vous pouvez expliquer ?
Christophe GANS :
En fait, tu sais, j'ai une passion pour un cycle qui s'appelle le cycle Edgar Allan Poe de Roger Corman… encore Edgar Allan Poe. Et mon premier, tout premier travail de cinéaste, c'était un un court-métrage dans un film qui s'appelait Micronomicon, qui était déjà très inspiré par le travail de Roger Corman sur Edgar Allan Poe. Et dans la série Edgar Allan Poe, Roger Corman utilisait un scope anamorphique. Et en fait, il s'amusait, pendant la prise de vue, à faire pivoter la lentille scope, ce qui donnait des espèces de distorsions. Et en fait c'est ce que j'ai refait là pour la scène où avec la fille allongée dans le couloir et je suis arrivé puis j'ai dit à mon chef op on va faire un plan à la Corman, on va faire une distorsion sur le corps nu de la fille et ça me fait plaisir que tu l'aies remarqué parce que moi j'aime bien ce genre de choses, c'est totalement improvisé, j'avais pas prévu ça mais oui oui j'ai fait ça en pensant à Roger Corman.
Public :
Bonsoir. Déjà je tenais à vous remercier pour votre présence ce soir, je pense qu'on peut tous vous remercier pour votre présence ce soir, ça fait plaisir à chaque fan de l'univers de Silent Hill je pense. Et aussi à vous féliciter déjà pour la réalisation de ce film, qui nous a tous plu je pense. Et vous avez parlé tout à l'heure de compromis artistique, je tenais à vous féliciter pour l'alliance artistique que vous avez fait sur certains plans, où vous avez su allier l'artistique du jeu vidéo avec l'artistique du cinéma, avec des scènes beaucoup plus animées qu'on a vues et qui ont su ne pas nous sortir de l'ambiance du cinéma et ne pas nous faire ressentir comme un jeu vidéo une scène très animée comme on peut ressortir dans certaines animations, enfin adaptations de jeux vidéo. Là, ça nous a fait particulièrement rester dans le film, donc je ne m'attendais pas à des scènes comme ça dans un Silent Hill.
Christophe GANS :
Comme laquelle par exemple?
Public :
Vers le début, quand il rentre dans son bâtiment où il habitait avec Marie avant, et à la fin, au bout du couloir, justement, on voit la dame, le corps de Marie qui est arrivé, et là on voit qu'il se retourne et c'est complètement annulé. Et je vois que, enfin moi ça m'a fait ressentir directement une ambiance totalement différente de ce à quoi je m'attendais, mais qui me restait quand même, qui me faisait quand même rester dans l'ambiance du film. J'ai trouvé ça assez spécial. osé, mais particulièrement plaisant comme nouveau type d'ambiance et je trouvais ça très bien, très osé mais très bien. Et ma question c'était, je ne suis pas sûr, est-ce que vous pourriez m'éclairer sur le lien entre le protagoniste et le bébé de Laura ? Est-ce qu'il y a un lien particulier entre ces deux personnages là ?
Christophe GANS :
Donc c'est vrai que l'idée de donner un doudou-fœtus à Laura était une idée assez bizarre. Au départ, ça donnait lieu à un développement qui n'a pas été gardé dans le scénario, qui était que c'était en fait l'enfant du viol de Marie par son père. Et donc on l'a pas gardé finalement parce qu'il y a eu un moment où j'ai dû faire une coupe assez importante d'argent et pour la faire, j'ai coupé en fait l'acteur qui devait jouer le père de Marie, qui était Stephen Lang, qui joue le méchant de l'Avatar. que j'adore personnellement, je trouve ça un acteur dément et j'étais très content de tourner avec lui et tout et le problème c'est qu'il coûte un million et le problème c'est qu'il vient avec un entourage complet, au moins 15 personnes et qu'il y a eu à un moment donné la production est venue me voir en me disant il faut que tu trouves deux millions quoi. Et donc je me suis beaucoup posé la question et j'ai décidé donc d'enlever le personnage de Joshua Crane de le remplacer finalement par la secte, ses anciens admirateurs qui continuent à perpétuer son œuvre. Et donc, si tu veux, mais j'ai gardé le bébé, le doudou, le doudou de Laura, il est resté, il est resté dans le film parce que je trouvais que c'était. d'abord, Evie Templeton jouait très bien avec le doudou. Et puis surtout, j'aime bien parce qu'on essaie constamment de voir ce qu'elle a dans les mains. et puis on entend vaguement un bébé, un bébé qui pleure tout le temps et cetera et puis on se dit attends il y a un bébé et puis ce doudou qui ressemble à un fœtus crevé, enfin bon, il y avait un truc que je trouvais assez cool en fait. Et donc tout ça c'est resté, c'est resté mais j'ai appris que les gens de Konami aimaient beaucoup l'idée et qu'ils en avaient fait part aux gens de Blueber qui eux aussi de leur côté ont imaginé à un moment donné qui est le fruit de l'inceste entre Marie et son père. et puis finalement voilà, finalement ils l'ont pas fait. Moi c'est resté dans mon film, mais je trouve que c'est un élément qui est assez macabre et assez étonnant. Et je trouve qu'il y a une forme d'humour noir dans avec sa petite fille qui parle avec son doudou et puis quand James le voit, il dit mais qu'est-ce que c'est que ça et cetera. Tout ça c'est des trucs que moi me plaisent. Voilà, donc c'est resté.
Public :
Et en sachant ça, du coup, cette nouvelle, est-ce que, parce que moi, la scène où le protagoniste entre dans le matelas et voit la masse difforme du matelas avec les deux portes qui se débattent, ça m'a fait penser…
Christophe GANS :
Ça c'est Joshua Crane.
Public :
Oui, justement. C'est ce qui reste une scène de viol…
Christophe GANS :
Ah bah oui, c'est Abstract Daddy, le monstre qui s'appelle Abstract Daddy, qui est dans le jeu, a toujours été une figuration du viol d'Angela. par son père. Ça a toujours été pensé comme ça. D'ailleurs, je trouve que c'est le monstre le plus répugnant de tout le jeu. Personnellement, la première fois que j'avais joué, j'avais pas très bien compris. Et puis au bout d'un moment, j'ai fini par saisir ce que ça voulait dire. Et d'ailleurs, c'est marrant parce que les fans croyaient que jamais cette scène ne serait dans le film. Il y avait plein de messages sur les forums en disant "jamais". Les Américains ne voudront pas voir ça, jamais. Et donc je me suis amusé à un moment donné quand j'ai on a édité le premier le premier teaser du tournage du film, j'ai demandé au monteur de mettre un plan de loin, on voit le plateau avec la pièce de chair, juste pour dire aux fans "Ouais, on l'a fait quoi." Et voilà. Mais moi c'est une des scènes que je préfère dans le film parce qu'elle est assez osée, elle est vraiment vraiment surréaliste. Et elle me rappelle en fait les films d'un très bon copain à moi qui est Brian Yuzna. Je ne sais pas si vous savez : Brian Yuzna, c'était mon producteur sur mon premier film, Necronomicon, et aussi sur Crying Freeman. Il avait été aussi le producteur de Stuart Gordon sur Reanimator, sur From Beyond et tout. Et lui-même est réalisateur et il a fait un film très étrange que je vous recommande, qui s'appelle Society, qui raconte en fait des partouzes dans Beverly Hills entre familles. et où les gens se mélangent littéralement. Et quand je dis littéralement, c'est-à-dire ils se mélangent, ils se traversent les uns les autres, le père, la fille, la mère, le fils. Et c'est évidemment un film d'horreur satirique qui est extrêmement cool et qui a ce genre de monstres. où tu vois la tête de quelqu'un sortir par les fesses d'un autre, le genre de truc tout à fait étonnant. Et si vous ne l'avez jamais vu, regardez-le, c'est un film absolument dément. Et quand je faisais la scène du Abstract Daddy, je me disais : "Ah, j'ai hâte de savoir ce que Brian Yuzna va penser de ça." Parce que c'est un peu son terrain. Voilà.
Public :
Bonsoir. Déjà merci beaucoup pour ce film et en fait j'avais une question un peu précise sur une scène. La scène à la fin où on voit James avec Marie à l'hôpital. Je voulais savoir si vous alliez utiliser une autre focale que dans le reste du film, parce que je trouvais que la lumière diffuse était vraiment très cool à ce moment-là. Et ma deuxième question, c'était de savoir si vous aviez une focale préférée au long de votre carrière, est-ce que c'était toujours 35 mm, etc ?
Christophe GANS :
Oui, 30 millimètres. Oui, sinon non. Je pense que c'est la photo de Pablo Rosso qui donne cette impression. Il utilise des filtres. Lui, c'est pas, il travaillait pas avec les objectifs, il utilise des filtres et il utilisait un filtre très spécial pour toutes les scènes de flashback. Et je crois que ça donne cet aspect que toi tu as noté dans cette scène, qui en plus est beaucoup plus blanche et beaucoup plus éclairée que les autres. On a tourné cette scène dans le palais d'hiver de Tito, l'ancien dictateur yougoslave, parce que le film a été tourné en Serbie, et donc c'est la chambre de Tito, et la salle de bain dans laquelle il rentre et tout ça pour aller chercher la lumière. Voilà où vivent les dictateurs. Et alors ils nous ont laissé tourner parce qu'ils n'ont pas beaucoup d'argent en Serbie et donc leurs monuments historiques vont à vau-l'eau. Et donc on leur a expliqué comment on voulait redécorer la chambre, très blanche, tout ça et tout. Et ils nous ont dit est-ce que quand vous aurez fini, vous pouvez laisser les murs comme vous les avez fait, tout ça ? On a dit oui. Donc aujourd'hui, si tu vas en Serbie et que tu vas visiter la chambre de Tito, tu as la chambre. C'est dément quand on pens.
Public :
Bonjour. En toute franchise, j'ai découvert Silent Hill hier parce que ma maman adoptive en est une très grande fan et elle devait être là ce soir, je suis venue à sa place. Et elle voulait que je vous pose une question parce qu'elle a vu deux trois petites choses. Le fait que le protagoniste se voit à travers le monstre mais qu'on voit aussi des images semblables de Marie, est-ce que c'est une mise en abyme ou plutôt un autoportrait selon vous?
Christophe GANS
À quel moment?
Public :
Au moment où on voit cette sorte de, excusez-moi le terme, d'araignée répugnante, il s'enferme dans le placard, il regarde le monstre dans les yeux, il s'y reconnaît. Est-ce que c'est une mise en abyme, comme on le voit d'ailleurs sur l'affiche derrière vous, ou est-ce que c'est plus un autoportrait qui se fait de vous, comme la toile qu'il peint de rouge, je crois à peu près au milieu du film.
Christophe GANS :
Je pense que c'est plutôt une mise en abyme, je pense que ça marche comme ça. Moi j'aime beaucoup les tableaux d'Escher, tu sais ce type qui peignait des décors, des miroirs dépolis et tout ça, et tu regardais l'intérieur et il y avait dans ce miroir un reflet. qui reflétait autre chose et ainsi de suite. Et en fait j'aime bien ça, ce côté Eschérien qui à mon avis est une bonne façon de représenter un cauchemar quand tu rentres à l'intérieur d'un reflet qui lui-même donne lieu à un autre reflet et ainsi de suite. C'est une façon aussi. Finalement ça parle de la façon dont le film est architecturé, architecturé par couches et plus tu t'engloutis à l'intérieur et plus voilà tu as des révélations et tout ça. Oui c'est fait de cette manière. Maintenant j'adore les plans regarde dans les yeux parce qu'en fait un plan qui m'a incroyablement marqué et vous le connaissez tous forcément c'est le premier plan du Blade Runner où on voit le les cheminées qui crachent du feu dans l'œil, en reflet dans l'oeil c'est un plan qui m'a incroyablement marqué et voilà donc je suis tout le temps en train de faire des très gros plans sur les yeux avec des reflets. C'est des obsessions à moi.
Public :
Bonjour, j'ai une question en termes de la production, notamment sur les monstres. Je voulais savoir c'était quoi le processus de comment vous avez créé les monstres ?
Christophe GANS :
Les monstres sont comme dans le premier film de 2006, joués par des danseuses. et des contorsionnistes, à part les petits cafards évidemment, qui sont entièrement en images de synthèse, toutes les créatures sont jouées par, à part Pyramide, sont jouées par des femmes, sont jouées par des danseuses et des acrobates. Et pour une raison simple. Pour moi, ça impose beaucoup plus l'hallucination. Parce que si je les avais tournées en images de synthèse, je pense que l'image de synthèse, même dans sa perfection, elle a un côté un peu illusion, c'est-à-dire mirage. Il y a quelque chose qui fait que, moi j'adore les films avec des créatures en images de synthèse, je trouve ça étonnant, mais il manque une forme de tangibilité. Je ne sais pas si c'est une impression que vous avez aussi. Et là, c'est quand même l'histoire d'un mec qui croit à ses hallucinations. Donc pour moi, c'était vraiment important que les monstres soient dans la pièce avec les acteurs, soient devant eux. En plus, c'est plus simple pour les acteurs, très sincèrement, d'interagir avec une créature qui est là. En fait, j'ai utilisé l'image de synthèse que pour changer certaines proportions. Par exemple, rendre les jambes du sans bras, le monstre qui n'a pas de bras un peu plus long. J'ai essayé de faire des légères anamorphoses, mais sinon, en principe, c'est des gens dans des costumes.
Public :
Bonsoir. Si je suis venu, c'était pour parce que le premier film j'avais vraiment kiffé. Et je voulais savoir, nous on est pas être du genre à noter, à dire tel élément j'ai aimé dans le film etc. Mais vous, si vous devriez noter quelque chose ? Par exemple un ou deux éléments du film que vous avez aimé, un autre au contraire que vous auriez jeté à la poubelle ?
Christophe GANS :
Moi personnellement, pour parler en toute honnêteté, la seule chose qui me gêne dans le film, c'est que je pense qu'il va trop vite. La pression des producteurs voulait que le film ait ce rythme très intense. Moi, je pense que c'est une erreur. Il existe une director's cut où c'est un peu plus souple, où l'atmosphère la plus mise en valeur. Moi, j'ai tendance, en tant que fan de Silent Hill, à trouver que le film est un peu trop rapide. Voilà, c'est vraiment le point après, il y a plein de choses sur lesquelles je pourrais revenir mais ça compte pas parce que j'ai fait j'ai fait le film il y a pas si longtemps et quand je le regarde, je vois que le que le making of quoi, tu vois, je vois les coulisses, je vois pas, je vois pas vraiment le film, mais d'un point de vue musical, on va dire, d'un point de vue musical au sens rythme, rythmique, je trouve que le film est un peu trop rapide. À mon goût.
Public :
D'accord, bon okay, ben super.

Public :
Bonsoir. Alors j'ai beaucoup aimé le film. Je trouve que vous avez un univers mental qui nous parle surtout entre collègues. Et je trouve qu'il y a beaucoup de films par exemple qui n'arrivent pas à retranscrire une certaine ambiance de certaines œuvres, alors qu'elles soient littéraires ou vidéoludiques. Et je me demandais, est-ce que vous n'auriez pas la carrure pour faire un vrai bon film dans l'univers de Lovecraft ?
Christophe GANS :
D'abord, mon premier film c'était d'après Lovecraft.
Public :
Oui, mais je veux dire d'autres.
Christophe GANS :
Ah oui, évidemment, c'est un de mes auteurs de chevet. De toute façon, je pense que tous les gens qui aiment le fantastique, ils aiment Lovecraft. Lovecraft c'est une espèce de… c'est la dernière frontière du fantastique. J'en ai parlé évidemment énormément avec Guillermo Del Toro qui est lui aussi un passionné fou de Lovecraft.
Public :
Il devait faire les montagnes hallucinées il me semble.
Christophe GANS :
Oui, le projet a été abandonné alors que pourtant c'était produit par James Cameron avec Tom Cruise. Ils n'ont pas réussi à le faire.
Public :
On a tous pleuré ici.
Christophe GANS :
Oui, on a tous pleuré. Mais oui, bien sûr, Lovecraft, pour les gens qui aiment la littérature fantastique, c'est comme Clive Parker. C'est aussi une passion pour Clive Barker, ça se voit d'ailleurs dans ce film. Je pense qu'il y a des scènes très Clive Barker. Et oui, Lovecraft absolument, absolument. J'adorerais faire une belle adaptation du Cauchemar d'Innsmouth en particulier.
Public :
Ça serait super. Après, il faut mettre la pression sur les producteurs, on vous soutient.
Christophe GANS :
Évidemment. Tu connais l'histoire des trois mecs dans le désert qui trouvent une bouteille d'eau ? Il y a un scénariste, un réalisateur et un producteur. Ils marchent dans le désert, il fait très chaud et puis il y a le scénariste, il bute sur quelque chose dans le sable. Et puis il se penche et puis c'est une bouteille d'eau. Et elle est scellée, tu vois, une bouteille en verre scellée et il la montre au réalisateur et le réalisateur dit "attendez, attendez, il cherche dans ses poches et il trouve un tire-bouchon. Donc il ouvre la bouteille d'eau et puis il y a le producteur à ce moment-là, il attrape la bouteille d'eau et il pisse dedans. Je trouve que c'est une blague qui résume bien le problème.
Public :
Bonjour. Vous avez parlé justement d'une Director's Cut, est-ce qu'elle sera disponible?
Christophe GANS :
Je ne sais pas encore, je sais qu'il y a ce Director's Cut qui est un peu plus long. Après, il y a des scènes qui ont été réduites, mais il y a une scène qui a été complètement coupée que j'aimerais que les gens voient, qui est la mort de Eddie. Dans la chambre froide. La scène a été faite et je vois que les gens l'attendaient et en fait je me suis piégé moi-même parce que en fait quand on a monté cette scène, cette scène comme dans le jeu, elle avait lieu dans le grand hôtel à la fin. Si vous souvenez bien, il arrive dans l'hôtel et la première chose qu'il fait, c'est d'aller dans la chambre froide et il tombe sur Eddie et il y a une espèce de duel au milieu des carcasses de veau. Et donc j'ai filmé cette scène et quand je l'ai montée à l'intérieur du film, ça ne marchait pas. Ça ne marchait pas pour une raison extrêmement simple, c'est qu'à la fin, quand on rentre dans ce que j'appelle la spirale hallucinatoire, toutes les scènes fonctionnent les unes après les autres parce qu'elles parlent toutes de la recherche de Marie. il y a que ça. Et en fait on accepte le fait que les scènes se succèdent dans un ordre complètement anarchique et cetera, parce que on cherche Marie et il y a que ça qui compte. Et cette scène au milieu c'était brusquement on parlait plus de Marie et on découvrait qu'en fait Eddie c'était une sorte de double doppelganger de James. Et en fait ça ne marchait pas. Ça marche dans le jeu, mais ça ne marchait pas dans le film. Donc contrecœur j’ai coupé. C'est la seule scène que j'ai coupée.
Public :
D'accord, j'aurais une deuxième question dans le but de faire le costume de Pyramid Head, quel est pour vous, le détail important, en dehors de la pyramide bien sûr, à intégrer à ce costume ?
Christophe GANS :
De toute façon, le fait qu’il est en fait pour moi une espèce de version blasphématoire du Christ. C'est pour ça qu'on lui a mis des sandales, c'est pour ça qu'on lui a mis une toge et pas du tout un tablier comme dans le premier film. Le premier film, c'était vraiment une créature à la Barker, avec une espèce de tablier de boucher, tout ça, une espèce d'inquisiteur, d'exécuteur. Et là, j'ai vu Patrick Tatopoulos est venu me voir, il m'a montré des dessins et sur eux un, l'épée ressemblait à une croix qu’il tirait, tu vois. Et je me suis dit « ah c'est chouette, on dirait le Christ sur le chemin du Golgotha ». Et je lui ai dit on va faire ça, on va en faire une version primitive en fait, christique de Pyramide. Et c'est pour ça qu'il a des sandales, c'est pour ça que voilà. Et je trouve que bon, c'est une variation sur Pyramide qui est chouette, je trouve. et j'adore le casque avec les clous entrecroisés là c'est super bon. Et on avait prévu à l'origine aussi de montrer à l'intérieur du casque que dans la faille du casque et j'avais prévu de montrer qu'en fait à l'intérieur c'est il y a des rouages qui torturent en fait la personne qui est à l'intérieur. Donc James. Et puis et puis c'était trop compliqué à faire et donc on a laissé tomber. Et puis déjà l'idée que c'est James qui était à l'intérieur du casque qui est à mon avis suffisamment intéressante mais on avait prévu que le casque soit une espèce de tu sais c'est une machine de torture qu'il y avait au Moyen-âge où on tournait des trucs et ça écrabouillait la tête des gens dedans tu vois et donc voilà il y avait ça à un moment donné entre autres joyeusetés auxquelles on avait pensé.
Public :
Bonsoir. Je voulais vous remercier pour ce film. Moi, je suis un joueur de la première heure de Silent Hill. Je n'ai pas vraiment la mémoire des scénarios de manière générale, mais j'ai énormément la mémoire des émotions que ça me provoque lorsque je joue ou lorsque je regarde un film. Et vos deux films m'ont provoqué exactement ce que j'ai ressenti dans les jeux. À chaque fois que j'ai pu les regarder, d'ailleurs dans le premier film, j'ai dû le regarder cinq fois, mais si on me demandait de raconter, je serais incapable de le faire. Pour votre film, celui-ci, je vous remercie aussi pour la scène lors du viol, qu'on commence à voir. On se posait la question jusqu'où vous iriez ? Et c'est suffisamment loin et c'est très agréable de voir que vous avez pris le risque de réaliser cette scène puisqu’effectivement dans le jeu, cette scène est quand même un peu plus parlante que dans le film. Et pourtant, ça ne nous a pas choqué. Par contre, le début du film m'a vraiment surpris, puisque "Silent Hill" ce n'est pas un jeu qui part au quart de tour. On arrive, ça commence tranquillement, les jeux se déroulent au fur et à mesure et la pression monte, mais jamais il y a de jumpscare. Et le début de votre film, c'est on part en sprint, un jumpscare et hop, le film reprend son rythme habituel. Ce n'est pas gênant puisqu'au final, les émotions restent là, mais ce début de film me questionne. Pourquoi avez-vous fait le choix?
Christophe GANS :
Alors quand tu dis le début, tu parles de la séquence de la rencontre entre James et Marie.
Public :
Non, c'est vraiment le début du film lorsqu'il arrive à Silent Hill en fait.
Christophe GANS :
Donc l'entrée dans Silent Hill.
Public :
Il va partir à faire son sprint, il va fuir les cafards, il va fuir les créatures.
Christophe GANS :
Alors, l'exploration de la ville était plus longue, l'exploration de la ville était beaucoup plus longue. Il passait notamment par une espèce de corridor très étroit. Il était obligé presque de gratter la pierre pour pouvoir passer dans un autre quartier, tout ça. Il y avait des choses en plus. Et puis on a décidé de valoriser plutôt la topographie de la ville, d'essayer de montrer que tout est précis, etc. Donc on a fait beaucoup d'essais à partir de ce qu'on avait fait pour retrouver une topographie. Et quand la topographie ne correspondait pas tout à fait, on a rajouté des éléments qui permettent d'avoir une espèce de construction logique du quartier dans lequel il va au début. Mais c'est vrai que c'est très difficile au cinéma de rendre compte de la déambulation, ce que j'appelle la déambulation, c'est-à-dire ce qu'on voit et qui est formidable dans le jeu, c'est-à-dire ces longues minutes où tu marches sans savoir ce qui t'attend. Et notamment la scène de la forêt par exemple, que moi j'ai retranscrit, néanmoins j'ai trouvé une forêt qui ressemble à la forêt du début et tout ça, mais dans le jeu, elle dure facilement 5-7 minutes quoi, on marche dans la forêt voilà et puis on sait pas ce qu'on va trouver au bout et si tu veux c'est les limites du cinéma en fait. C'est-à-dire qu'il y a un moment où voilà tu testes un peu la patience des gens mais je te dis la scène effectivement la scène était plus longue, la scène était beaucoup plus longue à l'origine.
Directeur du CGR :
Merci beaucoup. Merci Christophe.
Christophe GANS :
Je suis d'autant plus content de l'avoir présenté ici que comme je vis dans la région, je ne dis pas où, mais je vis dans la région, donc. Ça me fait plaisir de venir le présenter à Tours.
Directeur du CGR :
Et en espérant te revoir peut-être dans cette salle, avec grand plaisir.
Christophe GANS :
Merci en tout cas, merci beaucoup.
Des cartes postales avec les différentes affiches du film ont été distribuées à tous les spectateurs avant la projection. Christophe GANS s'est gentiment prêté au jeu des dédicaces pour le plaisir de toutes les personnes présentes ce soir.
Un événement fantastique organisé de main de maitre par toute l'équipe du Cgr de Tours Centre.
