
Date de sortie en salle : 1977
Date de sortie en Blu-ray : 03.05.2024
https://rimini-editions.fr/tentacules-collection-angoisse
Audio : DTS-HD MA 2.0 : Anglais, Français
Sous-titres : Français
Durée : 102' ()
Format : Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret
Master HD
Blu-ray du film (102’)
DVD du film (98’)
Livret rédigé par Marc Toullec (24 pages)
Réalisation : Ovidio G. Assonitis sous le nom de Oliver Hellman
Scénaristes : Jerome Max, Tito Carpi, Steven W. Carabatsos
Casting :
John Huston : Ned Turner
Shelley Winters : Tillie Turner
Bo Hopkins : Will Gleason
Henry Fonda : Mr. Whitehead
Delia Boccardo : Vicky Gleason
Cesare Danova : John Corey
Alan Boyd : Mike
Sherry Buchanan : Judy
Franco Diogene : Chuck
Marc Fiorini : Don
Helena Mäkelä : Chris Docherty
Claude Akins : Sheriff Douglas Robards
En 1975, Les Dents de la mer de Steven Spielberg redéfinit les règles du film de monstre et ouvre grand les vannes de la production de films de prédateurs. Deux ans plus tard, Ovidio G. Assonitis crédité sous le nom d’Oliver Hellman au générique, s'engouffre dans la brèche avec Tentacules (Tentacoli en version italienne), production italienne à casting américain. Une filiation directe.
Rimini Éditions propose le film dans sa collection Angoisse. L'occasion de (re)découvrir ce film dans une version de qualité.
Une ville côtière paisible : Ocean Beach, Californie. Un nourrisson disparaît, puis un pêcheur. Les disparitions mystérieuses s’enchainent. Le scénario est sans mystère : un shérif, un journaliste obstiné et un océanographe finissent par unir leurs forces face à une menace venue des fonds marins. Ce que le scénario perd en originalité, il le compense par une mécanique de tension qui s’accumule et fonctionne bien. La thématique écologique affleure légèrement : la créature semble répondre aux agressions industrielles contre les fonds marins, mais le film ne cherche pas à en faire un manifeste. En 1977, le spectacle prime sur le message.
Ce qui distingue Tentacules de ses nombreux congénères, c'est la façon dont Ovidio G. Assonitis filme son monstre. Pas de latex encombrant ni d'effets spéciaux tapageurs : la pieuvre géante existe d'abord à travers des angles de caméra, des gros plans qui découpent une tentacule, une ventouse, une masse sombre dans le courant. Le hors-champ fait le reste. Le champ/contrechamp devient l'outil principal d'une mise en scène qui sait que l'imagination du spectateur est son meilleur allié. Les séquences sous-marines, confiées à des équipes spécialisées, ont une qualité physique rare : la caméra glisse entre les rochers, les bulles remontent lentement, et la sensation d'étouffement s'installe progressivement. Le gigantisme de la créature naît moins de ce qu'on voit que de ce qu'on devine. Pour un budget serré, c'est une intelligence visuelle réelle.
Le travail sur les bruitages aquatiques : bulles, craquements sourds, silences brusques est un vrai plus pour maintenir l’ambiance du film. Quand le son s'étouffe soudainement, le danger est là. Cette cohérence entre l’audio et le visuel construit une atmosphère que le scénario seul n'aurait pas suffi à installer. Car lui, reste en surface.
Le casting constitue l'autre atout du film. John Huston interprète Ned Turner, un journaliste fouineur, avec la désinvolture d'un homme qui a tout vu et que plus rien ne surprend vraiment. Shelley Winters, en sœur alcoolique et exubérante, injecte une énergie incontrôlable qui contraste avec la gravité de la situation. Henry Fonda, dans un rôle plus en retrait, prête ses traits à un industriel aux motivations ambiguës dont les activités perturbent les fonds marins. Une présence brève, mais qui ancre le film dans une réalité économique concrète. Aucun de ces trois-là ne livre une performance de composition, mais leur simple présence élève le niveau du film pour en faire un bon divertissement. Bo Hopkins assure son rôle de plongeur-dresseur d’orque de façon honnête.
La mise en scène de Ovidio G. Assonitis alterne entre calme apparent et irruptions brutales de violence. Le film respire entre deux attaques, laisse la ville côtière retrouver brièvement sa banalité, avant que l'océan ne recrache une nouvelle victime. Ce rythme de vague, d'avancée et de retrait, crée une structure efficace.
La confrontation finale, sans chercher la subtilité, mise sur l'impact direct : la pieuvre se dévoile dans toute sa masse, et le montage sert alors de filet pour rattraper ce que le budget ne peut pas toujours offrir. Et cela fonctionne très bien. Avec en prime une mise en valeur non seulement des acteurs les plus adaptés au milieu marin. Ce n’est pas une surprise, mais c’est très bien amené, de façon logique. Ce qui donne une certaine forme de crédibilité à la séquence.
Tentacules s'inscrit dans ce corpus foisonnant de creature features post-Spielberg : orques, piranhas, barracudas et compagnie, qui occupent la décennie 70 avec une énergie de série B parfaitement assumée. Cette pieuvre vengeresse nous parle toujours, de nos jours, avec nos peurs écologiques contemporaines et notre fascination persistante pour les profondeurs. Ovidio G. Assonitis, businessman du genre autant que cinéaste, livre ici un film malin qui a un certain charme.
L'édition Blu-ray de Rimini Éditions lui rend justice : c'est dans ce format, restauré, que le film révèle le mieux ce qu'il a toujours été. C'est-à-dire un film tout en tension sous-marine.
Xavier