Date de sortie au cinéma en France : 27.07.2005

 

  • Réalisation : Edgar Wright
  • Scénario : Edgar Wright, Simon Pegg
  • Musique : Dan Mudford et Pete Woodhead
  • Photographie : David Dunlap
  • Montage : Chris Dickens
  • Décors : Marcus Rowland
  • Costumes : Annie Hardinge

 

 

 

Le film est sorti au Royaume-Uni le 9 avril 2004 et arrive enfin en France en juillet 2005. Edgar Wright le réalise et le coécrit avec Simon Pegg, qui tient également le rôle-titre.

Le tournage s’est déroulé à Londres entre mai et juillet 2003, notamment au pub Duke of Albany à New Cross, qui sert d'extérieur au Winchester.

La mise en scène s'appuie sur un savoir-faire technique précis. Le directeur de la photographie David M. Dunlap installe une lumière familière, presque banale, qui laisse deviner le danger sans jamais le souligner lourdement. Le montage de Chris Dickens alterne gags rapides et ruptures de rythme. Marcus Rowland, à la direction artistique, construit un Londres suburbain reconnaissable, où chaque intérieur domestique devient un terrain de tension latente. La bande originale, composée par Daniel Mudford et Pete Woodhead, mêle rock alternatif et pop britannique, épousant le basculement permanent entre comédie et menace.

Le scénario suit un principe simple : un jeune vendeur d'électroménager ordinaire, Shaun, doit sauver sa relation amoureuse avec sa compagne Liz et protéger ses proches pendant une invasion de zombies à Londres. La structure reste linéaire, mais les dialogues, coécrits par Simon Pegg et  Edgar Wright, multiplient les répliques qui font mouche. L'humour fonctionne comme mécanisme de survie face à l'absurde.

Simon Pegg incarne un héros vulnérable et attachant ; Nick Frost, dans le rôle d'Ed, forme avec lui un duo dont la complicité porte l'ensemble du film. Kate Ashfield, Lucy Davis et Dylan Moran complètent le groupe d'amis retranchés, tandis que Penelope Wilton et Bill Nighy, dans les rôles de la mère et du beau-père de Shaun, apportent une dimension plus intime au récit.

Simon Pegg construit Shaun comme un antihéros crédible. Son jeu retenu installe d'abord la routine, les gestes automatiques, l'ennui d'un quotidien sans relief. Comme si tout le monde était déjà zombifié entre le travail répétitif, les téléphones portables, l’attente morose sur le trajet du bus. Cette économie de départ rend son basculement dans l'action d'autant plus convaincant : vous le voyez passer du vendeur désabusé au protecteur improvisé sans rupture de ton artificielle. Nick Frost, dans le rôle d'Ed, apporte un contrepoint bouffon et généreux. Il faut le voir faire l'orang-outan !
L'alchimie entre les deux acteurs, nourrie par une complicité réelle antérieure au tournage, donne au duo une spontanéité rare, faite de répliques qui semblent naître dans l'instant.

Autour d'eux, la distribution des rôles secondaires tient une place tout aussi déterminante. Kate Ashfield prête à Liz une fermeté qui évite au personnage de se réduire à un simple enjeu sentimental. Lucy Davis et Dylan Moran incarnent avec justesse les tensions ordinaires d'un groupe d'amis contraint à la survie, entre agacements réels et solidarité forcée. Penelope Wilton et Bill Nighy apportent une gravité inattendue dans les scènes impliquant la mère et le beau-père de Shaun, ancrant le film dans une dimension familiale plus mélancolique que comique. Cette diversité de registres, tenue sans faille par l'ensemble du casting, explique la cohérence d’atmosphère du film malgré la multiplicité des tons abordés. 

Le film assume ses références sans jamais les afficher lourdement. Vous y croiserez des échos à George Romero et quelques autres que nous vous laissons découvrir, mais comment les éviter ?

Les effets spéciaux restent mesurés, toujours au service de l'ambiance plutôt que du spectacle pur. Cette économie de moyens, renforce sa cohérence : chaque scène a un solide ancrage dans un quotidien reconnaissable, ce qui rend l'irruption du fantastique d'autant plus efficace.

Shaun of the Dead est une très intelligente comédie horrifique britannique. Cela faisait longtemps qu’un film de zombie n’était pas sorti du kitsch et du nanar. Car tout semblait avoir été dit et filmé. Le film s'adresse autant aux amateurs de zombies qu'aux spectateurs sensibles à l'humour noir britannique. Une future référence du genre à n’en pas douter.

 

Xavier