Date de sortie du coffret : 16.06.2026
Editeur : Roboto Films

https://roboto-films.fr/

 

 

Spécifications

  • Version originale sous titrée français
  • BD 50 - MASTER HAUTE DEFINITION - 1080p - Format 1.37:1 respecté - Noir et blanc
  • DTS-HD Master Audio 2.0

Suppléments

  • Présentation de chaque film par Fabien Mauro
  • Bandes-annonces

 

 

 L'homme invisible apparait (1949)

  • Réalisateur : Nobuo Adachi
    Acteurs : Kichijirô Ueda, Kanji Koshiba, Daijirō Natsukawa, Takiko Mizunoe, Chizuru Kitagawa
    Date de sortie: 26 Sep 1949

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En 1949, le Japon est encore sous occupation américaine. Les studios reconstituent leurs équipes, les écrans se remplissent de productions hollywoodiennes, et la Daiei cherche à proposer au public nippon ses propres histoires fantastiques. C'est dans ce contexte que Nobuo Adachi, nouvelle recrue du studio, co-signe le scénario d'après une histoire d'Akimitsu Takagi et passe à la réalisation. Le résultat s'appelle Tōmei Ningen Arawaru (L'homme invisible apparaît) qui est sorti le 26 septembre 1949. Inédit en France jusqu'à cette édition DVD de Roboto Films en 2026.

Le professeur Nakazato travaille sur une formule d'invisibilité. Deux jeunes chercheurs se disputent ses faveurs : le docteur Segi et le docteur Kurokawa, sont des rivaux scientifiques autant qu'amoureux, l'un et l'autre sont des prétendants à la main de la fille du professeur. Sur cette rivalité intime se greffe une intrigue criminelle : une bande de malfrats convoite le collier « Les larmes d'amour », et l'invisibilité leur offrirait l'outil idéal pour s'en emparer. Le scénario mêle actions criminelles, mélodrame et science-fiction. Ce film qui a pour référence le roman de H. G. Wells (1897) et le film de James Whale (1933). Il intègre les passages obligés du genre : les bandages qu'on enlève pour révéler le vide, les vêtements qui dansent seuls… tout en les recontextualisant dans une société d'après-guerre encore sous le choc de ce qu'elle vient de traverser. Le carton d'ouverture pose d'emblée la question morale : « Il n'y a pas de bien ou de mal dans la science, mais celle-ci peut être utilisée à bon ou mauvais escient. » On est en 1949 au Japon. La phrase pèse son poids.

Ce qui frappe lors du visionnage du film, c'est la place qu'occupent les effets spéciaux. Eiji Tsuburaya signe ici un travail remarquable pour l'époque.

Vous verrez un cochon d'Inde, qui disparaît. Les acteurs miment alors l'animal entre leurs mains : gestes prudents, paumes en coupe, regard dirigé vers le vide. C'est simple, presque enfantin. Et pourtant ça fonctionne. La scène fait légèrement sourire aujourd'hui, mais elle pose avec honnêteté le contrat du film : les effets seront artisanaux, dépourvus d'artifice numérique, et c'est précisément leur naïveté assumée qui leur donne du charme.

Plus élaborée, plus inquiétante, vous apprécierez la séquence avec un chat invisible dont seules les empreintes de pattes se déposent sur le sol.

Et bien évidemment tout l'attirail classique du genre : la scène de déshabillage est menée avec le même soin que chez James Whale. Eiji Tsuburaya ne cherche pas à dépasser Hollywood : il assimile ces techniques et les applique. Cinq ans plus tard, il concevra les effets de Godzilla.

Le film est certes daté. Certaines conventions du mélodrame de l'époque pèsent, et la technique n'atteint pas les sommets de la Universal. Mais peu importe. Vous découvrez ici un film qui transfère un modèle occidental dans sa propre culture avec les moyens du bord et une réelle intelligence narrative.

Le DVD Roboto Films propose une présentation signée Fabien Mauro, qui replace le film dans son double contexte : la production Daiei de l'immédiat après-guerre, l'influence des Universal Monsters sur une industrie cinématographique japonaise alors sous influence américaine. Il revient sur le parcours d'Eiji Tsuburaya, technicien au destin singulier. Dis quelques mots sur le casting et conclut en situant L'homme invisible apparaît comme « le véritable coup d'envoi de l'âge d'or de la science-fiction japonaise ». La formule est forte, mais elle se tient : avant Godzilla, avant les kaijū, il y a ce film, tourné dans un Japon occupé.

Une édition à voir pour cette raison-là : non par nostalgie, mais parce qu'on n'avait pas encore accès à cette œuvre jusqu'ici.

 

 

L'homme invisible contre la mouche humaine (1957)

 

Réalisateur : Mitsuo Murayama 
Scénario : Hajime Takaiwa
Acteurs : Yoshirō Kitahara (inspecteur Wakabayashi), Ryūji Shinagawa (Dr. Tsukioka), Junko Kanō (Akiko Hayakawa), Jōji Tsurumi (Sugimoto), Ikuko Mōri (Mieko, danseuse de cabaret). Le personnage de la "Mouche Humaine" est joué par Ichirō Izawa (Kōkichi Kusunoki).

 

Tout part d'un meurtre en plein vol. Une hôtesse de l'air découvre un cadavre, sans que personne autour n'ait rien vu, rien entendu. Mitsuo Murayama installe son film comme un polar, les deux pieds dans le réel : enquête qui piétine, policiers dépassés, série de meurtres sans mobile apparent. La Daiei, productrice du film en 1957, lui confie une commande claire : continuer l'exploitation du filon « homme invisible » après le succès du premier opus de 1949. Le scénariste Hajime Takaiwa y greffe un deuxième phénomène, la Mouche Humaine, et l'ensemble s’oriente vers la science-fiction

Le scénario est une SF déguisée en film policier. Les techniques d'enquête classiques n'y font rien : aucun indice, aucun témoin, aucune logique ordinaire ne tient. La police finit par se résoudre aux hypothèses les plus improbables, et c'est là que le film gagne en singularité. L'invisibilité reçoit ses pseudo-explications scientifiques : rayon cosmique, cobaye volontaire, transformation progressive. La Mouche Humaine, elle, n'en bénéficie d'aucune. On ne verra jamais d'ailes. On comprendra simplement que le criminel se miniaturise pour frapper, puis reprend taille humaine. Cette asymétrie narrative n'est pas un oubli : c'est le symptôme d'un film qui demande au spectateur de lâcher prise. La vraisemblance n'est pas le sujet. La scène du tunnel le confirme : filature en plein espace dégagé, aucune cachette possible, bruitages de déplacement parfaitement audibles. Il faut accepter le postulat ou décrocher.

La réalisation de Mitsuo Murayama compense largement ces libertés scénaristiques. Le cadrage est soigné, marqué par un goût net pour les gros plans (visages, mains, pieds, poitrines) qui donnent au film une texture quasi documentaire, comme si la caméra traquait elle-même quelque chose d'insaisissable. En contrepoint, des plans larges sur la ville japonaise de l'époque ouvrent régulièrement le cadre sur un Japon d'après-guerre en reconstruction, urbain et grouillant. Ce balancement entre l'intime et le panoramique constitue la vraie signature visuelle du film.

Les effets spéciaux sont bien confectionnés. La scène de la tête flottante, avec un assistant du laboratoire rendu partiellement invisible, qui mange une banane en apesanteur, est à la fois absurde et parfaitement exécutée dans ses contraintes techniques. Les transformations de la Mouche Humaine, traitées par les jeux de caméra, ont un rendu visuel intéressant.

Yoshirō Kitahara (l'inspecteur Wakabayashi) et Ryūji Shinagawa (le Dr. Tsukioka) portent le film avec sérieux, ce qui amplifie le décalage comique involontaire de certaines scènes. Le reste du casting tient la même ligne, sans faillir. Les numéros de cabaret intercalés dans l'intrigue allègent ponctuellement la mécanique policière sans vraiment l'enrichir.

Le rythme est lent. C'est le temps qu'il faut à la police pour accepter l'impossible, aux hypothèses folles pour prendre corps. Les intrigues secondaires s'y greffent progressivement, complexifiant un récit qu'on croyait linéaire.

Roboto Films sort le film dans un coffret avec L'Homme invisible apparaît (Nobuo Adachi, 1949), premier volet de ce cycle Daiei. La mise en regard des deux films éclaire une décennie d'évolution du genre au Japon.

Bonus : Fabien Mauro (auteur et essayiste) : c'est en 1954 que la SF explose au Japon avec Godzilla. L’Homme Invisible contre la mouche humaine tente de se démarquer des films de l’Universal avec un mélange entre SF et Policier. Avec un homme invisible positif et le premier film avec un versus. Le thème de la transmission est exploité dans le film pour l’invisibilité, comme pour la transformation en homme-mouche. 1957 c’est aussi l’année de sortie de Jack Arnold pour « L'Homme qui rétrécit ». Fabien Mauro parle en détail des effets spéciaux.

 

 

Tiphaine et Xavier