
Date de sortie en salle : 1962
Date de sortie du coffret Blu-ray / DVD : 16.06.2026
Réalisation : Duccio Tessari
Scénario : Duccio Tessari, Ennio De Concini
Avec Pedro Armendariz, Giuliano Gemma, Antonella Lualdi, Jacqueline Sassard
Titre original Arrivano i titani
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En 1962, le péplum italien tourne à plein régime, porté par les muscles d'Hercule et les colosses de studio. Duccio Tessari, scénariste chevronné passant pour la première fois derrière la caméra, choisit une autre voie. Avec Les Titans (titre original Arrivano i titani), il propose un héros malin plutôt que musclé et un ton qui frôle régulièrement la comédie, tout en conservant beaucoup d’actions et d’aventures, ainsi qu’un vrai respect de certaines figures mythologiques.
Le scénario, coécrit par Duccio Tessari et Ennio De Concini, suit Krios, un Titan envoyé sur terre par Zeus pour punir le roi Cadmos, qui s'est autoproclamé dieu. Sa mission tient de l'épreuve initiatique classique : gagner la confiance du tyran, déjouer ses pièges, sauver sa fille Antiope d'un exil imposé. Le récit reste linéaire, mais Duccio Tessari s'amuse à multiplier les respirations comiques et les péripéties mythologiques : casque d'invisibilité, Gorgone, frères titans prisonniers, cyclope…
Giuliano Gemma, jusque-là simple cascadeur, hérite ici de son premier rôle de premier plan. Il donne vie à un Crios espiègle, rusé, qui avance en acrobate et parle en frondeur. Cette désinvolture tranche avec les colosses habituels du péplum et donne au film sa couleur propre. Pedro Armendáriz est Cadmos, un roi autoritaire et cassant. Antonella Lualdi, en reine Hermione, apporte une froideur calculatrice. Jacqueline Sassard, interprète l’ingénue princesse Antiope tenue à l'écart du monde, suite à la prophétie annoncée à son père, le Roi Cadmos : Antiope sera sa perte, mais s’il la tue, il mourra dans l’instant. Antiope incarne l'enjeu amoureux du film : sa rencontre avec Krios, depuis les barreaux d'une geôle (fort curieusement placée sous le trône du Roi) va être un accélérateur.
Sur le plan de la mise en scène, Duccio Tessari ne s'attarde pas. Les combats sont brefs, chorégraphiés avec un sens du rythme hérité de son expérience de scénariste, et le montage évite les temps morts. Les scènes acrobatiques, portées par l'agilité réelle de Guiliano Gemma, remplacent l'affrontement frontal par la ruse et le mouvement. Cette légèreté de ton, assumée jusque dans les dialogues aux répliques cinglantes, distingue le film de ses contemporains.
La direction artistique s'appuie sur des décors signés Ottavio Scotti, qui ont un joli rendu à l’image. La photographie d'Alfio Contini qui tire parti du Technicolor et du Cinémascope donne de l'ampleur à des moyens limités.
La qualité de la restauration de l’image permet d’apprécier au maximum tous ces éléments. L’image est parfaite, fine, pleine de contraste. Vous vous en rendrez d’autant plus compte que les images d’origine, non restaurées, sont visibles dans les bonus. La version proposée ici est irréprochable.
Les costumes de Vittorio Rossi jouent sur des couleurs franches, participant à cette esthétique un peu bariolée, plus proche de la bande dessinée d'aventure que du grand spectacle antique. L'ensemble compose une illusion de superproduction. C’est toute l'habileté du cadrage qui efface les limites budgétaires.
Les Titans reste un objet un peu à part dans le péplum italien du début des années soixante : ni parodie, ni hommage sacralisé, mais un divertissement conscient de ses propres ficelles. Le film annonce, dans son goût pour le héros roublard et son sens du tempo, ce que Duccio Tessari développera quelques années plus tard dans le western spaghetti, aux côtés du même Giuliano Gemma.
Les Titans, c'est un péplum qui préfère faire sourire plutôt que montrer les muscles. Nous apprécions cette subtilité.
Bonus :
Présentation du film par Stéphane Lacombe :
Première fiction réalisée par Duccio Tessari, connu comme scénariste à l’époque. Stéphane Lacombe corrige ceux qui pensent que c’est une parodie du genre, même s’il y a quelques entorses aux codes du genre. En France il y a La Nouvelle Vague, mais en Italie c’est toujours le style de production des années 50 qui plait au public.
Stéphane Lacombe retrace l’ambiance de l’époque sur la production cinématographique. Puis il donne beaucoup de détails sur le scénario, la technique sur le film (format de l’image, décors, scène d’actions), parle du jeu de Giuliano Gemma. Et revient sur la filmographie de Duccio Tessari. Et nous confirme notre impression sur la musique du pont de la rivière kwaï.
Entretien avec Ariane Mnouchkine, fondatrice du Cirque du Soleil.
Son père a produit le film. Elle se souvient du lieu de tournage en Espagne. Elle a assisté au montage du film et partage ses souvenirs.
Les péplums mythologiques italiens : Laurent Aknin, historien du cinéma.
Il retrace depuis 1913 l’histoire des péplums italiens. Place Ulysse (1954) comme un film charnière, qui lance la mode des films mythologiques et néo-mythologiques jusqu’au milieu des années 60. C’est une longue liste qui défile. Laurent Aknin détaille chaque film et les analyse pour vous faire comprendre en quelques mots l’importance de ces productions. Ce qui va vous donner envie de voir tous ces films.
Il précise que les dieux sont entendus avec des voix off, mais ils sont rarement montrés à l’écran. Avec quelques images de 1962 des Titans pour illustrer son propos. Ce qui vous donne une idée claire du travail remarquable de la restauration du film. Lui aussi dit que le film peut être qualifié de fantaisiste, mais certainement pas de parodique. Et dans les années 80, il y a eu une tentative de retour du genre, avec un mix entre mythologie et espace, avec Lou Ferrigno en vedette, mais cela n’a pas relancé la mode du péplum.
Galerie photos avec des affiches et des images du films.
Les bandes-annonces en français, en allemand sont classiques. Alors que celle en anglais est assez improbable avec une voix off qui commente les images, se moque du film et vous révèle la dernière image.
Tiphaine et Xavier