
Date de parution : 09.04.2026
Editeur : Styx - Fleuve éditions
https://www.lisez.com/livres/massacre-au-camp-de-vacances/
EAN : 9782265159655
Pages : 240
Elizabeth, maquilleuse, doit se rendre sur le tournage d’un film d’horreur à Toronto. Elle envoie son fils Martin, onze ans, en colonie de vacances religieuse, car elle n’a pas d’autre moyen de garde. Le programme semble très classique : des nouveaux copains à se faire, des cabanes au milieu des bois et la lecture de la Bible chaque jour. C'est le point de départ de Joey Comeau.
La mécanique est délibérément simple, le décor archétypal : un camp isolé au fond des bois, un été, des enfants. Et un prêtre… Le père Tony dirige le camp, jusqu'au moment où il commence à tuer ses pensionnaires avec les outils qui lui tombent sous la main. Hache, couteau, masse, téléphone, peu importe.
Joey Comeau vous propose un slasher des plus classiques. Pas de détours : la violence est frontale, répétitive, calibrée comme dans les productions américaines des années 1980. Chaque meurtre est décrit avec une précision clinique. Cela produit un effet de distanciation troublant. Vous suivez le décompte des victimes avec la même neutralité que le tueur, et c'est précisément là que le malaise s'installe. Moins dans la brutalité des scènes que dans leur tonalité obstinément plate.
La structure alterne les chapitres au camp et les e-mails qu'Elizabeth envoie à son fils. Ces messages forment un contrepoint inattendu : drôles, tendres, déjantés, ils dessinent une relation mère-fils dont la complicité tranche avec l'horreur qui se déroule en parallèle. Elizabeth rêve de travailler dans le cinéma d'horreur, son fils vit dedans sans le savoir. Le dispositif est habile, même si Joey Comeau l'exploite sans aller aussi loin qu'il le pourrait. Où est vraiment sa mère ? Pourquoi écrit-elle dans un style aussi décalé par rapport à la réalité ? À vous de vous faire votre propre idée après avoir lu l’épilogue.
Pour le personnage du père Tony, Joey Comeau s'amuse à renverser l'archétype : le prêtre-tueur n'est pas sombre ni menaçant, il reste d'une affabilité déconcertante jusqu'au bout. Cette dissonance entre le rôle et les actes est le vrai moteur du roman. Le père Tony est ce guide spirituel qui massacre son propre troupeau. Pour autant Joey Comeau ne développe pas explicitement la critique. Est-ce qu’il faut y avoir une critique des institutions religieuses ? Du principe même des camps au fond des bois ? Finalement, Tony aurait pu avoir n’importe quelle profession.
Le roman est bref avec ses 240 pages, sans digression. Avec un rythme continu sans relâche. La fin est abrupte. Même si elle se déroule exactement comme le père Tony l’a annoncé lui-même au début du roman. Ce que recherche Joey Comeau, c’est l’efficacité, pas l'émotion durable.
Massacre au camp de vacances est à lire vite, d’une traite, comme vous regardez un film avec un slasher, sans vous poser de questions ni avoir d’empathie pour les victimes, bien qu’elles soient de jeunes adolescent(e)s.
Xavier