interview de chanteur du groupe Vigljos, enregistré lors du Hellfest 2026. 

 

Pour écouter l'interview en anglais :

Pour télécharger l'interview : itw.Vigljos-20.06.2026-Hellfest.mp3

 

La traduction: 

Voici la traduction en français en respectant la mise en forme demandée.

L'Autre Monde
Nous sommes avec le groupe Vigljos, et je suis en compagnie de L, le chanteur. Enchanté de te rencontrer.

L - Vigljos
Salut !

L'Autre Monde
Qu'as-tu ressenti après votre prestation de ce matin au Hellfest ?

L - Vigljos
Il faisait extrêmement chaud, mais c'était vraiment génial. C'était la conclusion parfaite. Nous venions de passer un mois en tournée en Afrique, nous avons eu seulement quelques jours de repos, et le Hellfest marque la dernière date de cette série de concerts. Nous rejouerons en août, mais c'était une très belle façon de conclure cette tournée. Je suis vraiment heureux.

L'Autre Monde
Votre nouvel album, Tome II: Ignis Sacer, plonge dans l'histoire de l'ergotisme médiéval. Comment avez-vous traduit cette intoxication historique, ainsi que ses effets sur le psychisme et la société, en langage black metal ?

L - Vigljos
En fait, cela s'est fait très naturellement. L'aspect psychédélique faisait déjà partie de notre musique, et la région dont nous venons est profondément liée à cette histoire. Tout s'est donc parfaitement imbriqué. Cet album nous a permis d'exprimer davantage notre côté psychédélique. Nous nous sommes aussi amusés avec quelques éléments plus décalés, presque absurdes, comme nous le faisions déjà auparavant. Au fond, je pense que c'est aussi ça, le black metal : c'est la musique du diable, il faut qu'il y ait une part de plaisir, de jeu.

L'Autre Monde
Comment trouvez-vous l'équilibre entre la froideur du black metal et ces influences rock qui traversent votre musique ?

L - Vigljos
Au final, tout vient du rock, qui lui-même vient du blues. C'est de la musique à guitares, donc tout peut fonctionner. Tout dépend simplement de l'audace que l'on a, de son envie d'expérimenter. Chez nous, c'est très naturel parce que nous avons tous des parcours musicaux très différents. J'ai grandi dans une famille de musiciens de blues. D'autres viennent du jazz, du punk ou du metal. Au bout du compte, nous faisons simplement la musique que nous aimons.

L'Autre Monde
Sur cet album, vous explorez le cycle des semailles, de la pourriture et du renouveau. Comment cette métaphore du cycle naturel, appliquée à un contexte sombre, se reflète-t-elle dans la structure de l'album, de l'ouverture consacrée aux semailles jusqu'à sa conclusion, où un nouveau cycle semble commencer ? Y avait-il une intention narrative explicite ?

L - Vigljos
Oui. Nos deux albums sont construits de manière cyclique. Ce n'était pas forcément prévu au départ, mais c'est toujours ainsi que cela finit par se passer lorsque nous écrivons. Nous aboutissons naturellement à des morceaux qui sonnent comme un commencement, puis à d'autres qui évoquent une fin. Quand nous les assemblons, leur ordre devient une évidence.

Personnellement, nous en parlions encore hier dans le bus de tournée : quand nous écoutons de la musique, nous écoutons toujours les albums dans leur intégralité. C'est ainsi qu'ils sont censés être vécus, selon moi. Aujourd'hui, avec les plateformes de streaming, on pousse les artistes à sortir des morceaux de trois minutes qui captent immédiatement l'attention. Ce n'est absolument pas notre façon de concevoir la musique, ni l'art en général. Nous ne voulons pas nous soumettre aux algorithmes. Nous préférons prendre notre temps, construire un univers et raconter une histoire à chaque album.

L'Autre Monde
Le nom du groupe évoque « une lumière suffisamment intense pour tuer un homme ». C'est une image particulièrement forte. Comment cette idée de lumière dangereuse nourrit-elle votre musique et votre esthétique ?

L - Vigljos
En réalité, ce n'est pas directement lié à notre musique. Nous avons découvert cette expression dans un ancien manuscrit, parce que l'un d'entre nous étudie les cultures nordiques anciennes. Cette formule nous a immédiatement parlé. Nous la trouvions très représentative de ce que nous voulions être : suffisamment lumineux pour te mettre complètement KO.

L'Autre Monde
Vous avez enregistré cet album avec Marc Obrist, de Zeal & Ardor. Qu'a apporté cette collaboration à la production de Ignis Sacer ? Son travail a-t-il influencé votre son ?

L - Vigljos
Nous avons enregistré nos deux albums avec lui. Je pense que sa principale qualité est d'être extrêmement ouvert à notre vision et de savoir la transformer en résultat concret.

Le studio est installé à la campagne, dans une vieille grange. Il y a un petit jardin derrière. Nous enregistrons, puis nous allons nous asseoir dehors au milieu des fleurs et des abeilles pendant qu'il nous prépare des pâtes. Il prend son temps. Il cherche vraiment à comprendre ce que nous voulons exprimer et quelle est notre vision.

C'est selon moi sa plus grande contribution : il s'efforce de réaliser exactement l'album que nous avons en tête. Il ne cherche jamais à imposer son propre style ou sa propre musique. Son objectif est simplement de révéler ce que nous voulons être.

L'Autre Monde
Donc davantage un accompagnateur qu'un coach, quelqu'un qui vous laisse suivre votre propre voie tout en vous poussant à aller au bout de vos idées.

L - Vigljos
Oui, c'est un peu notre Rick Rubin. Il reste assis comme un Bouddha sur sa chaise, il écoute, puis il dit : « Et si on essayait un peu de ça ? » ou « Qu'est-ce que vous pensez de cette idée ? ». Ensuite, on explore ensemble.

L'Autre Monde
Y a-t-il une différence entre l'album et vos prestations scéniques ? Modifiez-vous certains morceaux ou leur son en concert ?

L - Vigljos
Oui. Déjà, dans les grands festivals, le temps de jeu est limité. Nous avons donc raccourci certains morceaux. Sinon, nous monterions sur scène pour ne jouer que deux titres, ce qui serait un peu ridicule.

Nous avons donc resserré les compositions pour le live. Et je pense qu'un album et un concert doivent être deux expériences différentes. Sur disque, nous prenons notre temps. Nous recherchons un son ample, chaleureux et harmonieux. En concert, nous faisons exactement l'inverse : nous voulons être plus directs, plus immédiats, plus bruts. C'est ce que j'attends personnellement d'un concert. Je n'ai pas envie de voir un groupe qui sonne exactement comme sur son album, sinon autant écouter le disque.

L'Autre Monde
Je suis arrivé un peu en avance et j'ai entendu ta balance. Tu n'utilises absolument aucun effet sur ta voix. Tout semble venir du plus profond de toi. Comment fais-tu ?

L - Vigljos
Non, je n'utilise aucun effet. Je ne sais pas vraiment... J'ai simplement découvert ce que je pouvais faire avec ma voix, ce que j'aimais, puis j'ai expérimenté. Finalement, ça a fonctionné. Je crois surtout qu'il y a beaucoup de choses qui cherchent à sortir.

L'Autre Monde
Cet album est présenté comme une immersion sonore, visuelle et olfactive. Que signifie cette dimension olfactive dans le cadre d'un album de black metal ?

L - Vigljos
En réalité, cela concerne le concert, pas le disque. On ne peut pas sentir un album ! Sur scène, nous faisons brûler de l'encens, nous accordons énormément d'importance au visuel, nous jouons très fort, de manière très directe. C'est dans ce sens que nous parlons d'une expérience olfactive. Nous voulons proposer une sorte d'expérience cinématographique en quatre dimensions.

L'Autre Monde
Comment imagines-tu l'évolution de votre son et de votre identité artistique dans les années à venir ?

L - Vigljos
La bonne chose avec les membres du groupe, c'est que nous ne nous imposons aucune frontière. Nous faisons simplement ce qui nous inspire. Nous n'avons pas de plan précis. Parfois, quelqu'un lance une idée en disant : « Tiens, ce serait amusant d'essayer ça », et nous voyons où cela nous mène.

Il est donc très difficile de prédire ce que nous ferons. Nous pourrions devenir beaucoup plus obscurs, ou sortir un album complètement étrange. Je n'en sais rien. Il y a simplement un moment où quelque chose résonne chez nous tous, alors nous nous lançons et nous suivons cette piste. Nous ne savons jamais à l'avance où elle nous conduira.

L'Autre Monde
Tu dois faire un choix. Tu reçois cinq invitations à un anniversaire, mais toutes tombent le même jour. Tu dois donc choisir entre les 40 ans du jeu vidéo Zelda, les 30 ans du film Scream, les 50 ans du livre Entretien avec un vampire, les 40 ans de la série d'animation Dragon Ball ou les 60 ans de la série télévisée Star Trek.

L - Vigljos
Je vais passer pour quelqu'un de nul, mais je ne connais vraiment rien de tout ça. Je n'ai jamais regardé Dragon Ball, jamais vu Star Trek, je ne connais pas Zelda. Et... Entretien avec un vampire, je ne l'ai jamais lu non plus. Donc je crois que je vais simplement rester chez moi... ou partir faire une belle randonnée. Je ne suis pas vraiment amateur de cette culture populaire. Désolé.

L'Autre Monde
Y a-t-il un groupe que tu souhaites particulièrement voir au Hellfest ?

L - Vigljos
Bonne question. Hier, nous sommes allés voir Iron Maiden parce que, pour moi, ils font partie de ma vie depuis l'enfance. Ce sont tout simplement des dieux.

Aujourd'hui, nous allons plutôt nous promener sur le festival et découvrir des groupes au hasard. C'est aussi ça qui est agréable : se laisser surprendre, tomber sur quelque chose auquel on ne s'attendait pas. C'est probablement le programme.

L'Autre Monde
Merci beaucoup.

L - Vigljos
Merci à toi.