Date de parution : 10.10.2025
Editeur : Urban Comics

Pagination : 120 pages

EAN : 9791026824039

Contenu vo : Frankenstein #1-4

https://www.urban-comics.com/frankenstein/

 

 

Octobre 2025 marque le retour d'une figure emblématique : celle de la créature de Frankenstein. Michael Walsh ne propose pas une énième relecture du roman de Mary Shelley ou du film de James Whale avec Boris Karloff, mais bien une exploration personnelle.
Michael Walsh reprend à son compte ce concept qui fait que chaque organe greffé conserve la mémoire de son propriétaire d'origine. 

Le parti pris narratif peut dérouter et/ou piquer la curiosité, d'emblée. Plutôt que de suivre uniquement le parcours du Dr Frankenstein ou celui de sa création, Michael Walsh structure son œuvre autour des fragments corporels volés aux sépultures. Quatre chapitres, quatre histoires dérobées à la mort : les mains, les yeux, le cœur, le cerveau. Ces existences interrompues trouvent une seconde vie dans cet assemblage monstrueux, transformant la créature en réceptacle d'âmes. Le jeune Paul (un personnage créé par Michael Walsh) témoin innocent de la profanation du Dr Frankenstein. Le jeune orphelin offre un regard neuf sur les événements macabres. Il incarne la naïveté face à la démence scientifique.

L'atmosphère de tout le comics baigne dans une noirceur victorienne. Les laboratoires clandestins, les cimetières battus par les vents nocturnes et les châteaux gothiques constituent un décor parfait pour cette histoire qui puise dans l'héritage cinématographique d'Universal. Michael Walsh construit un univers où la science défie l'éthique sans scrupules, où chaque page vous emmène plus loin dans la folie obsessionnelle et la transgression absolue, sans espoir de retour possible. Ce qui emmène Frankenstein bien loin de la noble quête de connaissance qu’il prétend défendre.

Henry Frankenstein incarne certes l'ambition scientifique dévorante, mais sa folie possède des nuances. La créature, loin d'être un simple agrégat de chairs sans conscience, devient le miroir fragmenté de notre humanité. Son rejet social, sa solitude existentielle et sa quête d'acceptation résonnent en tout un chacun. Même Fritz, l'assistant difforme, dépasse son statut de faire-valoir grotesque pour incarner lui-même une forme de monstruosité sociale, victime des mêmes discriminations que l'être qu'il aide à créer.

Le style graphique de Michael Walsh est impressionnant. Ses planches conjuguent l'esthétique des gravures anciennes avec une violence visuelle qui marque. La coloriste Toni-Marie Griffin habille l'ensemble de teintes maladives, comme corrompues, voire putrides, qui accentuent le malaise permanent. Le découpage alterne rythmes frénétiques et pauses contemplatives, mais toujours sous tension. Certaines séquences, notamment celles montrant l'électrisation du corps (p.20-21) ou les regards multiples de la créature, atteignent une puissance visuelle rare. Avec une accélération dans le découpage sur les dernières pages pour montrer que la créature est assaillie de toute part.

Au-delà de l'expérience fantastico-horrifique, ce Frankenstein interroge notre rapport à la différence. Qui sommes-nous vraiment lorsque nos corps et nos esprits deviennent des assemblages ? La monstruosité réside-t-elle dans l'apparence ou dans le regard que nous portons sur autrui ?

Cette réinterprétation audacieuse séduira les amateurs d'horreur gothique, ceux qui recherchent dans leurs lectures bien davantage qu'un simple divertissement macabre.


Xavier