
Date de sortie : 19.09.2025
Label : Metal Blade Records
Igorrr line-up:
Gautier Serre: machines
Jb Le Bail: vocals
Marthe Alexandre: vocals
Remi Serafino: drums
Martyn Clément: guitars
Guest appearances:
Daemoni (feat. Mike Leon, Timba Harris)
Headbutt (feat. Mike Leon)
Limbo (feat. Lily Refrain, Mike Leon)
Blastbeat Falafel (feat. Trey Spruance (Mr. Bungle), Timba Harris)
ADHD (Timba Harris)
Mustard Mucous (feat. Scott Ian (Anthrax, Mr. Bungle))
Infestis (Mike Leon)
Ancient Sun (Timba Harris, Lily Refrain)
Pure Disproportionate Black and White Nihilism (Mike Leon)
Igorrr continue de fracasser les conventions. Amen, cinquième album, est un rituel sombre où le baroque rencontre le breakcore dans une église hantée. Ce disque enregistré dans le studio personnel de Gautier Serre pousse l'alchimie sonore vers des territoires très noirs. L'enregistrement d'un vrai chœur dans une église amplifie cette gravité nouvelle.
Dès Daemoni, le ton est posé : basses telluriques, chœurs grégoriens distordus, blast beats électroniques et guitares flamenco s'entrechoquent dans un maelström où sacré et profane se dévorent mutuellement. Gautier Serre décrit ce titre comme l'histoire d'un démon prisonnier de la Terre que le côté lumineux tente en vain de convertir. Vous entendez ce combat, cette cérémonie d'éveil dans la boue et la saleté. Headbutt frappe ensuite comme une enclume : piano martelé (littéralement écrasé par une pelleteuse : regardez le clip), riffs monumentaux et basculements vers des vocalises lyriques d'une fragilité bouleversante. La production capture chaque détail, du souffle du dung-chen tibétain aux grincements métalliques.
Limbo suspend le temps avec des chœurs grandioses portés par Alexandre et Lily Refrain, avant de sombrer dans des abysses black metal torturées. Blastbeat Falafel (avec Trey Spruance de Mr. Bungle) embarque pour une tempête orientale où saz et rabab dialoguent avec des riffs déments. Puis vient ADHD, pièce autobiographique où Gautier Serre explore les convulsions mentales d'un esprit qui tangue entre silence et chaos pathologique : samples hachés, beats hystériques, chœurs apocalyptiques. À mi-parcours, 2020 : douze secondes seulement, une toux dans un avion, écho pesant de la pandémie qui a bouleversé la tournée de l'album précédent.
Mustard Mucous (avec Scott Ian d'Anthrax) marie flûte traditionnelle et groove métallique dans un équilibre improbable avec des beats électroniques d’une violence contenue, tandis qu'Infestis plonge dans un death metal plus direct. Gautier Serre y explore le sentiment d'être possédé par un mauvais esprit, une bataille déjà perdue. Instruments tibétains et distorsion excessive renforcent cette noirceur. Ancient Sun bascule vers le trip-hop glacial teinté de mélodies orientales, pendant que Pure Disproportionate Black and White Nihilism avec ses riffs très appuyés, et ces guitares incandescentes, qui frappent telles des maîtres forgerons, déploie une puissance tellurique. L'album bascule avec la délicate Étude n°120, respiration baroque acoustique. Puis se clôt sur Silence, composition théâtrale où la voix de Marthe Alexandre flotte sur les notes d’un piano délicat et de violons crépusculaires, perturbés par des nappes électroniques qui sont autant de séismes sonores.
Amen permet à Igorrr de dépasser le stade de la simple fusion de genres. C'est autant un exorcisme orchestré avec une précision géniale qu'un monstre vivant qui refuse toute classification. Entre cathédrale effondrée et laboratoire du chaos, Gautier Serre et ses comparses vous projettent dans une dimension sonore aussi violente que sublime, où chaque rupture est une nouvelle porte vers l'inconnu.
Xavier