Date de sortie : 01.05.2026
Label : Spinefarm

  01 Confined
  02 Oxygen
  03 Pig
  04 Pick Your Fighter (Feat Julien Truchan)
  05 Un Bon Souvenir
  06 Deathstalker
  07 Le Déni
  08 Exuvia
  09 The Hammer Crush
  10 Ihyg (I Hate Your Guts)
  11 Élégie

 

lien interview de James (guitare) : https://lautremonde-radio.fr/cage-fight-27-04-2026-itw

 

Le titre de l'album dit quelque chose d'essentiel : Exuvia, c’est la carapace abandonnée par l'insecte qui change de forme lors de sa mue et grandit. Cage Fight a changé de peau et ça s'entend dès les premières secondes.

Exuvia construit un véritable voyage sonore. Confined ouvre sur une intro fantomatique. Pig et Deathstalker tapent dur et court, Le Déni ménage une pause vaporeuse avant la montée finale. Élégie clôt l'album sur un registre post-metal mélancolique, basses profondes, chant clair, mélodie aérée qui tranche avec tout ce qui précède. Ce n'est pas un album de coups de boutoir en série. C'est un disque construit, avec des contrastes pensés, une logique de séquençage qui rappelle les grandes références des années 90 comme Chaos AD, Burn My Eyes avec les codes bien spécifiques que Cage Fight vient de définir.

Musicalement, James Monteith joue en downpicking sur la majeure partie des titres agressifs (The Hammer Crush, IHYG) avec un son délibérément imparfait : on entend les cordes frotter, les petits accidents de jeu conservés. La guitare sonne comme une guitare, pas comme une machine. Le choix est revendiqué : garder la chaleur d'un vrai groupe qui joue.

Un Bon Souvenir est le titre dont James se dit le plus fier, pour sa prise de risque et l'espace qu'il ouvre dans la dynamique de l'album. Nick à la batterie reste dans le même registre que les guitares : précision au service du groove, aucun excès de démonstration, chaque caisse claire placée avec intention. Will, à la basse, ancre les morceaux plus mélodiques et densifie les passages les plus lourds sans jamais écraser le reste des compositions.

La production reflète ce parti pris. Sam Bloor a capturé la session batterie aux Lower Lane Studios au Royaume-Uni ; guitares et basse ont été enregistrées en home studio. Jim Pinder a mixé l'ensemble aux Treehouse Studios. Le résultat est chaud, net, organique. Vous sentez la communion d'un groupe qui a joué ensemble. C'est organique, authentique.

Et il y a la voix de Rachel Aspe. Elle signe ici les paroles pour la première fois. Une décision qui change tout. L'écriture a fonctionné comme une thérapie pour elle, et ça transparaît dans le sens des paroles. Pig cible les harceleurs en ligne avec une violence textuelle directe et calibrée, chaque mot à sa place, aucun effet de style superflu. Comme le rappelle le clip, tous les messages sont réels et aucun n’a été sollicité, cela fait froid dans le dos. Oxygen tourne autour de l'angoisse du temps qui échappe avec ces répétitions hypnotiques, montée progressive vers la saturation, quelques vers en français glissés dans le flux anglophone comme une fissure dans l'armure. Un Bon Souvenir déploie une métaphore de l'emprise : la marionnette, les fils, le silence imposé, puis la reconquête. IHYG (I Hate Your Guts) était la première chanson pour laquelle Rachel a écrit, une déflagration adressée à quelqu'un de précis, et ça s'entend dans le texte.

 

Pick Your Fighter, avec Julien Truchan de Benighted, change de registre. Le morceau s'inspire d'un tube pop français, Et c'est parti de Nadia (une vraie surprise), et ça s'entend dans la structure rythmique effectivement, même noyée sous les guitares, le chant saturé et le pig squeal. Un titre festif et physique taillé pour le live.

L’album Exuvia marque une étape nette dans la trajectoire de Cage Fight. Dense, intense, chargé d’émotion, intime et engagé.

 

Xavier