Date de publication : 21.01.2026
Editeur : Oxymore

Scénario : Dobbs
Dessin : Aurélien MORINIERE
EAN : 9782385611385 
ISBN : 2385611384 
88 pages

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Prenez un chevalier revenu d'entre les morts. Ajoutez un gobelin philosophe avec une passion pour les poisons et les piques verbales. Lancez-les sur les routes d'un monde médiéval-fantastique où les croisés massacrent au nom du Bien et où la sorcière qu'on aime vous attend quelque part dans une forteresse impossible à atteindre. Voilà le point de départ d'Alastor de Sombregarde, première partie d'un diptyque publié chez Oxymore. Une bande dessinée très maligne.

Dobbs structure son récit comme une suite de rencontres, à la façon des romans de chevalerie déglingués : chaque chapitre porte un titre bien senti qui résume ce qui va se passer. Et vous fait découvrir les pages du carnet d’Alastor. Une sorte de clin d'œil direct aux textes médiévaux. Le voyage d'Alastor sert de fil rouge à une série de péripéties tragi-comiques : épidémies, pendaisons, créatures improbables, répurgateur sur un pont (vous allez penser à Sacré Graal des Monty Python). Pas de grande révélation au programme, mais déjà un premier tome qui pose ses pions avec une efficacité redoutable.

Vous allez rencontrer un « sacré » duo. Alastor parle avec un phrasé précieux et daté, celui d'un homme qui prend la mort au sérieux mais ses ennemis à la légère. Guulghar, lui, le maître gobelin alchimiste à la peau rouge et au surprenant couvre-chef, transforme chaque échange en joute verbale. Leur relation oscille entre la fraternité de terrain et l'irritation mutuelle. Ces deux-là ne sont pas des héros. Ils font ce qui leur semble bien, mais… leur morale est élastique, leur survie prioritaire, et pourtant on les suit avec une loyauté qu'on ne s'explique pas tout à fait.

Face à eux, ceux qui se réclament du Bien sont les vrais bourreaux. Fanatiques, intransigeants, prêts à tout pour imposer leur ordre. Alastor de Sombregarde n'est pas une dark fantasy qui hésite : l'obscurité, ici, est le seul endroit où l'on peut respirer librement. C'est une position radicale, assumée, sans moralisme, et qui résonne avec une acuité particulière dans un monde saturé de camps et de certitudes.

Aurélien Morinière signe un dessin brut, dense, à l'énergie visuelle immédiate. Les créatures sont l'autre partie du spectacle graphique de l'album : gobelins, vouivre, esprit de la forêt. Alastor lui-même gagne des points de charisme dans les scènes de combat ou de magie. Les couleurs sombres et contrastées font le reste : l'atmosphère oppressante est toujours là, tenace, poisseuse.

L'Infâme gentilhomme est un premier tome qui vous propose une dark fantasy sans compromis, portée par des dialogues tranchants comme une vieille lame rouillée et un duo dont on veut absolument connaître la suite.

 

 Xavier