Date de publication : 08.04.2026
Editeur : Casterman

 

 

https://www.casterman.com/deter

 

136 pages 
Format :  24 x 31.9 cm
Noir et blanc
ISBN : 9782203293182
EAN : 9782203293182
Scénario et dessin : Amaury Bündgen

 

 

Amaury Bündgen n'est pas du genre à faire les choses à moitié. Avec Deter, cet auteur au trait reconnaissable entre mille livre son album le plus radical : une dark fantasy brute, dégraissée jusqu'à l'os, qui ne cherche pas à séduire mais à percuter.

Verdict : ça fait mal et c'est exactement pour ça qu'on en redemande.

Le point de départ tient en une ligne : un mercenaire survivant d'une mission suicide veut récupérer son salaire.
Pas de vengeance romanesque, pas de destin prophétique. Juste une créance à honorer et une tour à escalader pour obtenir ses pièces d’or. Neuf étages, neuf chapitres, neuf obstacles à fracasser. La structure rappelle directement la logique d'un jeu vidéo de type porte/monstre/trésor : on monte, on affronte, on avance. Ce découpage apparent en niveaux aurait pu sembler artificiel ; ici, il devient le moteur même de la tension narrative, chaque étage apportant sa dose de trahisons, d'embuscades et de créatures aussi corrompues que mémorables.

Deter lui-même est un Logaï, créature trapue, taciturne. Un roc. Il parle peu, il frappe juste, et son code moral tient en quelques règles gravées dans le granit : pas de mensonge, pas de trahison tolérée, mais une parole donnée qui vaut tout. Dans un univers où la fourberie est la langue officielle, ce minimalisme éthique devient presque subversif. On pense aux grandes figures de l'héroïc fantasy avec l'inflexibilité d'un Conan, la solitude d'un Elric, mais Amaury Bündgen évite le pastiche. Son personnage porte une rugosité propre, une humanité cachée qui affleure dans les rares moments de calcul ou de ruse.

Car Deter ne se réduit pas au pur carnage. Sous la surface du bain de sang se jouent des thématiques importantes et universelles : la valeur d'un contrat dans un monde sans foi, la solitude de celui qui refuse de plier, la frontière poreuse entre le chaos que l'on combat et celui que l'on incarne. Deter est lui-même un acteur du désordre et c'est cette ambiguïté qui donne de l'épaisseur à toute l’aventure.

Amaury Bündgen utilise le noir et blanc comme une arme. Les contrastes sont tranchants, les compositions des grandes cases fourmillent de détails, les créatures peuplant la tour semblent avoir été conçues avec une jubilation évidente. Vous sentez l’héritage/hommage assumé à Richard Corben et Frank Frazetta, cette filiation avec un âge d'or de la fantasy viscérale et charnelle. Mais avec un style et un rythme qui sont contemporains, la dynamique des séquences d'action est d'une lisibilité redoutable. Chaque planche mérite qu'on s'y attarde.

Amateurs de Berserk, de Conan, de récits qui ne promettent ni rédemption ni lumière au bout du tunnel, Deter est votre prochaine lecture. Pour les autres : prenez le risque. Une BD qui assume pleinement ce qu'elle est, sans fausse pudeur ni compromis d'aucune sorte. La tour vous attend.

 

 Xavier