Date de parution : 28.01.2026
Editions Oxymore

 

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ISBN : 9782385611361

Dès les premières planches de Greenlander - L'Aimé-des-ours, Christophe Bec, Przemyslaw Klosin et Julia Pinchuk vous saisissent par le col et vous précipitent dans un Groenland du XVe siècle aussi magnétique que mortifère. Une plongée sans filet dans l'un des territoires les plus hostiles du monde médiéval, là où la civilisation viking agonise lentement, rongée de l'intérieur.

Le cadre historique est le moteur même du récit. Brattahlid, colonie isolée au bout du monde, suffoque sous le triple joug de la famine, des épidémies et d'une peur collective qui paralyse les esprits. La nature groenlandaise, implacable, semble conspirer contre ses habitants, tandis qu'une présence obscure décime le bétail et sème la terreur dans les esprits des villageois, déjà bien fragilisés. On pense aux atmosphères les plus étouffantes du genre survival avec cette tension sourde, permanente, qui ne vous lâche jamais.

Au cœur du chaos, Björn. Ce berger solitaire dont l’enfance dérange, revient dans une communauté qui le toise avec méfiance et mépris, nourrissant des rivalités teintées de préjugés et de racisme. Il incarne une humanité abîmée, contrainte de naviguer entre loyautés fragiles et dangers multiples. Autour de lui, Vilde la guérisseuse représente un contrepoint d'espoir vacillant, tandis que les autres colons, poussés dans leurs retranchements, révèlent ce que la peur fait de pire à un groupe humain : la suspicion, le repli, la violence latente. Ces personnages ne sont pas des archétypes bien polis. Ils sont rugueux, contradictoires, dérangeants, et c'est précisément ce qui donne du relief à ce récit.

Christophe Bec ne se contente pas de raconter une histoire de survie. Il sonde les fractures profondes d'une société en perdition : le choc entre croyances ancestrales et dogme chrétien imposé, les jeux de pouvoir qui minent toute solidarité, la bêtise collective amplifiée par l'angoisse. La menace fantastique qui plane sur le récit fonctionne comme un révélateur. Avec cette créature menaçante est un miroir tendu vers nos propres peurs, celles que nous projetons sur l'inconnu lorsque la raison capitule devant l'adversité.

Visuellement, le trait de Przemyslaw Klosin allie rigueur et expressivité : les paysages arctiques s'étendent avec une grandeur oppressante, tandis que les visages portent chaque tourment avec une sincérité saisissante. Julia Pinchuk parachève l'ensemble avec une palette froide, presque irréelle, où les bleus et les gris veinés d'ocre installent une lumière qui semble toujours sur le point de s'éteindre. Le résultat est une cohérence visuelle et narrative rare, chaque case servant autant l'atmosphère que le récit.

Greenlander - L'Aimé-des-ours est dense, âpre, habité. Ce premier tome ouvre un diptyque qui s'annonce aussi implacable que son décor.

 

Xavier